Sept bons conseils pour couler une communauté

Publié le par Henri BACHER

Un peu abrupte, la proposition, mais parfois on arrive à mieux voir les enjeux en les prenant par la négative.

1. Vouloir tout maîtriser dans sa communauté :

Organisation générale, gestion des collaborateurs, supervision des personnes, contenu des messages… Typiquement une telle personne ne fait pas trop confiance aux autres, a horreur des échecs, des conflits, des choses qui ne sortent pas comme elle l’entend. Elle contrôle donc tout ce qui touche à la vie de la communauté. C’est une personne qui ne délègue pas, ou si elle le fait, elle donne les choses à faire à des collaborateurs qui l’exécuteront comme elle le veut. Elle cherchera avant tout des exécutants et non pas des disciples. Le disciple comprend la mission qu’on lui donne, mais il l’exécutera selon ses propres charismes.

2. Faire systématiquement appel aux « bonnes volontés »

Être une personne de bonne volonté est un des traits du chrétien, mais cela ne suffit pas pour prendre des responsabilités, même minimes. Pour les présidences de culte, les lectures bibliques, les animations dominicales il suffit souvent d’être de bonne volonté, au lieu d’avoir le talent de le faire. On laisse parfois les animations de l’école du dimanche, du culte de l’enfance ou autres rencontres pour les enfants à des personnes qui veulent bien donner de leur temps, indépendamment de leurs aptitudes.
Dieu ne fait pas avancer son Royaume uniquement avec de la bonne volonté, mais avec des disciples. Un disciple se forme et il est choisi. Les « bonnes volontés » se choisissent la plupart du temps elles-mêmes. Elles s’estiment capables et se lancent. Les responsables doivent choisir les personnes, selon leurs talents et leurs charismes, les former et les coacher.

3. Négliger les bénévoles de l’organisation

Attention de ne pas confondre un bénévole avec une personne de bonne volonté ! Un bénévole, c’est celui qui s’engage sans être payé en espèces sonnantes et trébuchantes, mais qui a des talents et qui est capable de prendre des responsabilités. La plupart du temps, la communauté chrétienne "tourne" avec ce genre de personnes. Oubliez systématiquement de les remercier ! Ne leur montrez surtout pas qu’ils sont essentiels pour vous et la communauté. Ne leur donnez que des responsabilités subalternes. Pour les femmes, cantonnez-les dans des tâches ménagères ou comme animatrices du groupe des personnes âgées ou des enfants. Ne leur faites pas de cadeau. Oubliez leurs anniversaires.

4. Vouloir contenter tout le monde

C’est une tendance très suisse, même dans les églises qui ne sont pas situées dans la Confédération helvétique : le consensus ! Il faut dire qu’il a fait ses preuves (cette fois-ci en Suisse), surtout en politique. À la différence près, qu’en politique, il y a quand-même du changement par le truchement des élections, même si les conseillers fédéraux sont forcés de travailler avec des collègues qui sont d’un parti opposé. Dans l’église, les changements dans la gouvernance sont plutôt soft et le consensus se résume souvent par « surtout-ne-faisons-pas-de-vagues », alors qu’il devrait faire travailler les gens ensemble malgré les antagonismes. D’ailleurs, l’unité dans l’église est souvent définie comme un endroit où il n’y aucun conflit. Tout le monde doit penser pareil et porter le même « uniforme » doctrinal et religieux.

5. Ne pas tenir compte de l’aspect culturel

Fustigez les personnes qui mêlent culture et foi et qui croient que la culture n’est qu’un aspect très secondaire dans la vie spirituelle. Une foi qui ne s’enracine pas dans la culture de la personne risque de ne pas tenir très longtemps.

Privilégiez la culture de l’écrit au détriment de celle des mass-médias, d’internet et de la téléphonie. Comportez-vous comme un instituteur spirituel qui applique des méthodes scolaires du passé dont l’école officielle est en train de se débarrasser à cause de la pression de la culture montante. Mixez les différentes cultures dans un même culte. Chantez de très vieux cantiques ainsi que du Hillsong en pensant pouvoir satisfaire tout le monde. Soyez méfiants de Youtube, de Facebook, de Twitter et du monde des images en général.

6. Dans un monde en changement constant, favoriser l’aspect conservateur

Souvent c’est les gens eux-mêmes qui le souhaitent. Comme de toutes façons nos communautés sont plutôt “âgées”, c’est une vraie tendance qui se manifeste, pas seulement dans l’église, mais également, par exemple, en politique. Ce n’est pas une tare que de favoriser le conservatisme si celui-ci met en valeur les valeurs de l’évangile: prendre soin des exclus, des pauvres, des maltraités de la vie ou des laissés pour compte de la géopolitique aberrante de nos états dits démocratiques. Ce qu’il faut savoir, c’est que vous arrivez peut-être à garder un certain potentiel pour vos églises, mais le renouvellement se fait très peu par le biais du conservatisme, qu’il soit spirituel, socioculturel ou politique.

7. Rénover au pas de charge

Ce conseil peut paraître paradoxal et semble contredire les deux points précédents. Effectivement, si vous forcez les gens au changement, ils risquent de se “perdre”. Les conquistadors de tous poils l’ont bien compris. Balayez la culture des gens et vous les anéantissez. La Chine l’expérimente avec les tibétains, par exemple. La culture est fortement liée à l’identité d’une personne. Vous touchez à sa culture et par ricochet vous maltraitez son identité. Or, actuellement, les changements dans l’église sont plus d’ordre culturel que d’ordre spirituel. Ne jouez donc pas avec le feu. Par contre, il ne s’agit pas de trouver le juste milieu, source, souvent, de stagnation. Peut-être, faudrait-il commencer quelque chose de nouveau à côté de l’ancien tissu? Tout en créant des liens très forts entre les deux activités.

Conclusion

Vous l’aurez compris, je vous ai provoqué. Pourtant, si on regarde ce qui se passe autour de nous, nous nous rendons compte que des communautés stagnent et disparaissent. Ce que j’ai voulu montrer, c’est que le développement d’une communauté ne tient pas seulement à des temps de louanges bien rodés, des études bibliques bien charpentées, des prédications bien pensées, mais aussi à des détails et des attitudes.

Source : Henri BACHER

Publié dans Spiritualité

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