Évangélique ou Chrétien ?

Publié le par Pasteur Christophe Deville

Le monde évangélique ne représente pas une unicité en matière de dogmes, de rites et de pratique de la foi.

 

Depuis quelques décennies et d’une façon encore plus marquée ces dernières années, sans pourtant vouloir être manichéen, nous observons une frontière qui se dessine en rapport, notamment, avec la réception de la Parole de Dieu.

 

1. La Bible, livre sacré ?

D’un côté, nous avons le courant évangélique traditionnel (pentecôtiste ou pas) pour qui la Bible EST la Parole de Dieu. Elle est perçue comme une règle de devoirs et d’interdits qu’il faut suivre à tout prix à la lettre sans s’en détourner, ni à gauche, ni à droite. Il ne faudrait pas faire l’erreur d’incriminer les dirigeants qui auraient manipulé de pauvres fidèles sans instruction. Pour beaucoup de membres de ces communautés, un tel postulat représente une bouée de sauvetage pour leur vie personnelle et professionnelle. Ils trouvent dans cette rigueur le moyen de cadrer leur vie et leurs actes pour vivre un moindre état de souffrance. On ne peut pas leur retirer cela.

Il n’est pas étonnant que ce mouvement traditionnel ait du mal à considérer l’autre courant qui se revendique lui aussi de l’évangélisme : ils disent que la Bible est la Parole de Dieu (mais ne vont pas lui donner le même sens, nous le verrons plus bas), ils vont avoir en leur sein de nombreuses femmes pasteures (il y en a de plus en plus) ; certains acceptent de baptiser des membres de couples non-mariés, de recevoir des divorcés, de procéder à des remariages ; et des homosexuels peuvent être accueillis dans leurs congrégations.

Pourtant, ces deux courants se revendiquent de l’évangélisme reconnaissant la Bible comme étant la Parole de Dieu.

 

2. Définition ou Description ? 

L’épitre au Hébreux, au chapitre 11 va nous servir d’exemple à ce questionnement : L’auteur(e) nous dit ce qu’est la Foi. Mais s’agit-il d’une Définition de la Foi, ou d’une Description ? Selon l’approche, la réponse sera différente. Considérons ceci : Le fait que nous sommes en présence de 4 évangiles montre que nous avons une vision différente selon notre vécu  et nos expériences. Aussi, l’aureur de l’évangile selon Luc n’hésite pas à affirmer qu’il n’est même pas témoin oculaire, et il n’hésite pas à organiser son livre en dépit des événements chronologiques (c’est un style littéraire reconnu). En remontant à Luther, on peut comprendre quelle est l’approche de certains. Martin Luther considérait l’épître de Jacques comme une « épitre de paille » (ne devant pas être intégrée au corpus canonique). C’est à dire qu’il ne voyait pas ce livre comme étant inspiré de Dieu. Et on le comprend : si ce livre est à prendre dans son sens premier, cela nous conduit à un drame spirituel et intellectuel : Il faudrait que le Chrétien soit parfait (Jacques 3:2) ; Rejeter toute sagesse, car elle est démoniaque (Jacques 3:16) ; Tous les destinataires de l’épitre sont des adultères (Jacques 4:4). Il faut comprendre que ce que dit l’auteur, il ne le dit pas dans un sens absolu, mais dans un but Exhortatoire et il utilise un style littéraire hyperbolique qu’on trouve en rhétorique. 

 

3. L’évangélisme traditionnel.

Pour certains évangéliques, la Bible est devenue la 4èmepersonne de la trinité. Un bref survol de nos traductions protestantes peut en être le reflet. Comment se fait t-il que, ayant été tellement attachés au texte original, nous soyons incapables de retrouver, dans nos traductions bibliques protestantes et évangéliques, l’ordre des livres de la Bible hébraïque (c’est l’ordre de la Bible en grec qui est utilisé) alors que nos amis catholiques ont pu franchir le pas de rétablir l’ordre des livres de la Bible originale ? Cette incapacité à bouger les choses devrait nous questionner sur la sacralité que nous donnons, non pas au sens du texte, mais au livre lui-même. Dans ma commune voisine, un fidèle d’une autre paroisse (ou congrégation) évangélique, me laissait entendre que jeune, sa maman lui donnait des « infusions de la Bible ». Sur le coup, j’ai du mal à comprendre : il précise en disant que sa maman faisait bouillir une page de la Bible qu’elle lui faisait boire afin de le protéger de tous les danger. 

 

4. Vers un courant « Post-évangélique » ?

De l’autre côté, nous assistons à l’émergence de cet autre courant au sein même de l’évangélisme. Il va tout autant revendiquer son attachement à la Bible comme étant la parole de Dieu. Aussi l’emphase de la foi est mise plus sur l’action du Saint-Esprit dans la vie du Chrétien en tant que puissance de transformation. La Bible est le support de cette action. Les récits de la Bible sont des modèles de Foi qui peuvent être appliqués à notre vie quotidienne. Ce courant s’inscrit dans un monde en pleine mutation en intégrant le post-modernisme et l’hyper technologie qui caractérise notre société actuelle. On assiste, au sein de ce courant à l’émergence de pôles d’actions au coeur même de leurs églises. Il est possible d’identifier 7 secteurs d’implication : 1/L’Éducation (création d’écoles privées et de nouveaux systèmes pédagogiques ; 2/implication au niveau de la Politique ; 3/ de l’Économie avec l’accompagnement à la création d’entreprises ; 4/ la Jeunesse ; 5/ la Famille ; 6/les nouvelles technologies de l'Information et de la Communication ; 7/la Solidarité et la redistribution des richesses. C’est l’une des raisons pour lesquelles c’est au sein de ce courant qu’on observe la plus grande croissance des évangéliques. La personne qui s’approche se trouve en connexion avec les réalités de sa vie quotidienne. Dans ce courant, être une femme pasteure ne va pas poser de problème car la Bible, même si elle est toujours reconnue comme Parole de Dieu, doit s’interpréter par la volonté du Dieu qui a inspiré l’auteur. La Bible ne va pas être vue comme une liste de règles de devoirs et d’interdits mais comme le motivateur de bonnes actions. On ne va pas stigmatiser et enfermer l’individu dans à la situation difficile qu’il rencontre, mais considérer que, par la puissance de l’Esprit, il a la possibilité d’avoir un nouveau paradigme qui le libère.

 

La rupture est-elle consommée ?

Nous observons, dans la pratique, de plus en plus de congrégations qui se dissocient de  l’étiquette « évangélique » ne se reconnaissant plus dans l’approche traditionnelle. Ceci, concrètement dans le titre même déposé et changé en préfecture. Nous nous devons de suivre avec bienveillance l’évolution de ce constat dans la décennie qui arrive afin d’observer si cette constante se poursuit ou s’inverse.

 

Ecclesia reformata semper reformanda !

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