Nitsevet, mère de David

Publié le par Pasteur Christophe Deville

On entend parfois des personnes dire que David est né d’une relation adultère et on s’appuie sur le psaume 51 pour défendre cette idée.

Cependant, la tradition orale du Talmud (Baba Batra 91a) nous enseigne Qu’Isaï, un chef du Sanhédrin, était un homme pieux. Il avait sept fils qui faisaient sa fierté. Il était marié à Nitsevet (bat Adael), une femme vertueuse et discrète.

Isaï était le petit-fils de Boaz et Ruth. Bien qu’il occupait une place d’honneur au sein du peuple d’Israël, les origines de ses ancêtres lui posaient un problème identitaire. En effet, sa grand-mère était issue du peuple de Moab, lequel avait cruellement tourné le dos au peuple juif lorsqu’il en avait besoin. 

Isaï voulait à tout prix légitimer à ses yeux et aux yeux du monde entier son statut de « métisse ». Il passa donc à l’action. Si son statut était effectivement problématique, comme il le pensait, il ne pouvait rester marié à une Israélite, Nitsevet. Il s’est donc séparé de son épouse. Quelques années plus tard, Isaï désirait concevoir un enfant dont le statut ne serait en aucun cas douteux aux yeux de ses ancêtres non-juifs. La solution était de concevoir ledit enfant avec une servante cananéenne.

Ce plan aurait pu fonctionner, mais c’était sans compter la solidarité féminine et la compassion qui unissaient la servante à sa maîtresse, Nitsevet. Elle lui dévoila donc les plans de son mari et les deux femmes ont convenu ensemble qu’il était préférable que la servante laisse sa place à Nitsevet, sans en tenir informé Isaï, bien évidemment.

Cette nuit-là, Isaï et Nitsevet ont conçu leur dernier fils, David.

Lorsque la grossesse de Nitsevet ne pouvait plus se cacher, ses enfants, d’une grande droiture d’âme, ont rejeté leur mère, qui présentait tous les signes d’une femme adultérine. Cette dernière n’eut d’autre choix que d’expliquer à son mari l’échange auquel elle avait procédé avec sa servante lors de la fameuse nuit. Il eut donc pitié d’elle et déclara : « Laissez-lui la vie sauve. En contrepartie, traitez l’enfant qui naîtra comme un serviteur humilié et méprisé ».

C’est ainsi que l’avenir de David s’est orienté. Il serait humilié, méprisé, il serait l’enfant de la honte.

Par solidarité et par sentiment de responsabilité, Nitsevet s’est toujours tenue aux côtés de David pour le protéger et le réconforter lorsque la vie serait trop dure, les critiques trop blessantes, les regards trop accusateurs. Elle était un roc qui faisait barrage aux tempêtes d’insultes et aux torrents de moqueries.

Lorsque Dieu annonce à Samuel que c’est David qui sera choisi pour roi sur Israël, Nitsevet se mit à pousser des cris assourdissants, elle dont on ne connaissait pas le son de sa voix. Ces cris étaient les cris d’une mère qui s’est battue en silence pendant de nombreuses années pour donner amour et dignité à son enfant, victime d’injustice. Ces cris étaient une louange à Dieu. ils étaient semblables à ceux d’une mère qui met au monde. Elle donnait naissance une seconde fois à David, son fils bien-aimé, qui allait enfin pouvoir vivre sa vie et accomplir le projet de Dieu fait d’amour et d’espérance.

Publié dans Bible, Éducation

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