Éducation

Lundi 18 février 2008 1 18 /02 /Fév /2008 20:23

Laïcité : la religion d'état de la France ?

laicit-.jpg Bonjour à chacun !
Aujourd'hui, nous sommes sur le point d’ouvrir une porte de ré-flexions sur les structures confes-sionnelles d’insertion en Martinique et les rapports avec les institutions et les dispositifs régionaux et nationaux. 

L’idée générale qui est véhiculée est que c’est dans le cadre exclusif de la laïcité qu’une réflexion analytique peut être menée. En y regardant d’un peu plus près, qu’observons nous aux Antilles ? Au préalable, il est intéressant de noter le rayonnement musical qui émane des Antilles. Dans notre analyse globale (1)
, notre étude qui s’est posée sur 190 personnes laisse apparaître que 24 personnes étaient candidat à une formation musicale soit 12.63 % des postulants. Pourtant, il est souvent fait mention, dans les groupes réflexions économiques que la musique n’est pas un véritable métier (2). On remarque une initiative intéressante dans l’île anglophone voisine de la Dominique. Afin de palier aux dérives de la fête d’Halloween, le premier ministre de la Dominique a soutenu le projet d’un grand festival international annuel de musique. Depuis quelques années, des artistes et des chaînes de télévision du monde entier viennent célébrer cet évènement qui est devenu une source financière importante pour l’île. Les radios et télévisions françaises, les artistes français y participent en masse, mais ne possèdent pas, d’événement similaire aux Antilles Françaises. La grande différence se situe en effet dans une volonté politique. En effet, la Dominique s’est doté d’un outils. The Dominica Festivals Commission” (DFC), est une division ministérielle : “a Division of the National Development Corporation” (NDC). Sa responsabilité est la promotion, le marché et l’organisation du carnaval et du «World Creole Music Festival» d’octobre novembre. Cette division a pour mission de créer une atmosphère propre à l’organisation d’évènements qu’on hésite pas à classer dans la catégorie de l’industrie. Dans sa charte relationnel avec l’état, il est expressément dit que :

« The DFC is expected to maintain a very close working relationship with the Cultural Division and the National Cultural Council. That relationship is necessary to provide the continued development support for the performing arts» (3).

 

« Il est attendu, de la par de la DFC qu’elle maintienne une très proche collaboration avec la Division National Culturelle. Cette relation est nécessaire pour pourvoir à un support en continuité dans le développement des représentations artistiques ».

 

Quel artiste musicien n’aurait pas rêvé d’un tel support qui lui apporterait une reconnaissance tant sur le plan professionnel qu’existentiel. Mais la législation française est toute autre. Or, c’est ce même dictat de séparation qui intervient dans le cadre des structures confessionnelles d’insertion. En effet, il est communément admis que, selon la loi de 1905, la laïcité signifie la séparation des Églises et de l’Etat. Cependant, à la célébration du centenaire de la commémoration de cet événement, il est observé que les mesures qui visent les structures confessionnelles n’ont de cesse de déroger au principe de séparation, ce, paradoxalement pour mieux appliquer la laïcité. C’est ainsi que, ces dernières années, on a pu voir l’Etat conférer ou refuser le statut d’association cultuelle a certains structures confessionnelles. C’est donc l’Etat qui définit quels sont les « vraies » structures, et les associations qui cultivent des croyances et des pratiques reconnues « normales ». Raphaël Liogier est professeur des Universités à l’Institut d’Études Politique d’Aix en Provence. Il enseigne la sociologie et l’anthropologie et dirige l’Observatoire du religieux. Il est, notamment, l’auteur de l’ouvrage « une laïcité légitime, la France et ses religions d’Etat " (4) Dans sa post-face, il affirme :

 

« La Laïcité, c’est la schizophrénie au pouvoir, le double langage, les préjugés, les évidences d’une culture dominante qui n’a jamais à s’expliquer parce qu’à priori « universelle ». C’est parce que l’Etat est « neutre » qu’il peut intervenir » (5).

 

Cette pseudo-neutralité est, en fait, selon l’auteur une idéologie justifiant par avance, et indiscutablement, toute intervention possible. Au chapitre cinq de son livre (6), Raphaël Liogier dénonce un mythe et un système interventionniste qui, paradoxalement, ne serait pas concevable dans des pays qui, eux, ne se prétendent pas « laïques ». Universitaire, il a le soin de recadrer le débat en fondant son études sur la réalité d’enquêtes sociologique.

 

C’est déjà ce que Jean-Christophe Rufin approchait dans son ouvrage sur les barbares. Nous sommes devant de faux conflits de civilisation mais vrais enjeux sociaux. De plus en plus, il est utilisé un procédé qui consiste a faire de l’énonciation généralisante unedénonciation particulière. Dans le France-Antilles du_____, certaines structures confessionnelles ont été dépréciées, ce qui entraîne une déchristianisation de leur énonciation. C’est ainsi qu’on parlera des « charismatiques », des « pentecôtistes », et non des « protestants-évangéliques » ou des « catholiques-charismatiques ».

 

Notre étude serait donc incomplète sans un volet législatif, et c'est avec plaisir que nous aborderons ce sujet dans un prochain article...

 


[1] Voir notre article.

[2] Voir article « le droit à la formation pour les professionnels permanents » dans la revue  Jusisculture n°82, février 2006. p. 7-16.

[3] Voir http://www.dominica.dm/festivals.html
[4] Raphaël Liogier, « Une laïcité légitime, la France et ses religions d’Etat », Éd. Entre Lacs, Paris, 2006, 200 p.

[5] Idem, post-face.

[6] ibid, pp. 153-172.

Par Pasteur Christophe Deville - Publié dans : Éducation - Communauté : Pasteurs de France
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Jeudi 24 janvier 2008 4 24 /01 /Jan /2008 20:15

La Martinique est l’un des départements français les plus denses quant à la concentration des protestants. On y trouve sociologiquement un intérêt premièrement quantitatif. Il s’agit de la 2ème religion du pays. Puis, un intérêt également quant à la représentation nationale. La jeunesse martiniquaise exporte dans la caraïbe, la francophonie et le monde entier, un style musical religieux qui lui est propre et qui est générateur d’une approche innovante du respect mutuel. Cette jeunesse, éduquée et élevée avec ses valeurs que l’on retrouve dans les dispositifs d'insertion confessionnel (l'ACEATE, le groupe Symbiose) est sans aucun doute à l’avant-garde d’un message d’espoir, nous dirons même d’espérance dans cette mondialisation que nous vivons ou plutôt que nous subissons. Ce bref panorama anthropologique du religieux à la Martinique, aborde la notion du magico-religieux tellement traité dans de nombreux mémoires de maîtrise voire de thèses de doctorat. 

Pour le protestantisme en Martinique, nous nous sommes particulièrement ralliés Un survol du concept de l’insertion sous un angle philosophique, tel que nous l'avons abordé dans les propositions faites par Platon nous permet de découvrir que les premiers catéchismes, véritables "manuels d'insertion" ont été protestants. Par cette affirmation, certains pourraient se poser la question pourquoi cela ? 

Pourquoi notre monde a-t-il attendu le 15ème siècle, l’avènement du protestantisme pour voir apparaître ces manuels ? Cela est en rapport avec la doctrine. Loin de nous en cet instant d’être prosélyte, mais quelques précisions s’imposent. À partir du moment où le protestantisme surgit en Europe, jusqu’alors, l’individu, lorsqu’il avait fauté pouvait aller voir le prêtre qui pouvait l’absoudre de ses péchés et cette personne sortait du confessionnal avec la certitude d’avoir la grâce. Voici à présent en quoi consiste la pratique éducative protestante. La Foi protestante repose sur le fait que chaque individu est pécheur et qu’il est donc coupable, mais que le salut est acquis par la Grâce seule. 

Le problème dans ce système est pour celui qui adhère à cette idée, c’est qu’elle génère une interrogation constante. Il se pose la question de savoir "quand suis-je pardonné, s’il n’y a personne pour me le dire" ? C’est là que nous arrivons à ce qui nous intéresse. Le protestant fait une introspection, une auto-évaluation de ce qu’il vit par rapport aux exigences de la Bible, cela, pour vivre mieux en société. Il trouve ainsi dans ces manuels la possibilité de s’interroger sur sa vie. Les pratiques éducatives protestantes ne consistent pas en une communication de devoirs et d’interdits mais en une interrogation sur le bon sens de la vie. Et ceci dit entre parenthèse, c’est à partir de ses courants piétistes que les histoires de vie, les récits de vie, les biographies ont commencé à faire leur apparition. 

Une question s'impose à nous : celle de la pertinence de cette vision du monde qui date de plus de 500 ans. Cet enseignement reste-t-il pertinent et pourquoi pourrait-il l’être ? À cela, on peut y répondre non pas la forme mais en regardant au contenu, à savoir l’enseignement des valeurs universelles et communes au plus grand nombre. Considérons trois grands axes de réflexions : à la vision non pas d’un mouvement, mais d’un homme : Jean Calvin. A l’aube de la renaissance, Jean Calvin se voyait comme un nouvel Alcuin et un nouvel organisateur des sciences de l’éducation. 

Tout comme Alcuin auprès de Charlemagne au 9ème siècle, Jean Calvin souhaitait que tout enfant en France soit formé et éduqué afin d’être une force vive pour le pays. C’est une mission sociale, c’est une mission laïque.  

1er axe : dans l’analyse que nous avons réalisé, nous pensons qu’il serait intéressant de donner la parole aux principaux "bénéficiaires". Non pas faire pour le bénéficiaire, mais faire avec le bénéficiaire. 

2ème axe : une interrogation par rapport à notre société laïque.
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Quelle est la place à donner aux institutions confessionnelles ? c’est-à-dire quelles sont les collaborations possible et / ou impossible avec les institutions laïques ? Et pour ce faire, nous aimerions simplement illustrer notre propos par le dessin parru dans le journal La Croix du 21 septembre 2005 où l’on voit un père désireux de mettre son enfant dans une institution religieuse. La raison pour laquelle le père place son enfant dans une école confessionnelle est que cette école est plus à même d'enseigner à son enfant les valeurs… républicaines. On doit comprendre ici que ce n’est pas parce qu’il est écrit sur le fronton de nos mairies « liberté, égalité, fraternité » que la personne qui franchit le seuil de cet édifice va obligatoirement et automatiquement être saisi voire envahie par ces valeurs. Il y a un travail de fond à entreprendre.

3ème axe : il serait intéressant de développer un projet d'insertion ayant l’amour pour la condition humaine comme moteur d’une structure qui lui est adressée. Ce programme est un concept qui permet à chacun de développer ses intelligences. Jan Amos Coménius (1592-1670) de la communauté protestante des frères moraves avait en son temps une vision qu'on pensait totalement utopique. Cependant, sa théorie sur les Multiples Intelligences ont été reprises ces toutes dernières décennies par le professeur Howard Gardner. Dans ses toutes dernières recherches, il nous livre une réflexion sur ce qu'il appelle « l'intelligence existentielle » Nous pensons qu'un programme non compétitif qui mettrait l’accent sur la créativité et l’expérience positive permettant au bénéficiaire de développer progressivement ses capacités (esprit, âme et corps). Tourné vers les enfants, en y alliant la présence et la participation active du ou des parents, nous pouvons concevoir un programme alliant le jeu au développement. Des instructeurs qualifiés et spécialisés entraînent ainsi les enfants dans toutes les dimensions de son être, dans des programmes incluant le mouvement, la musique et le chant, la gymnastique, le sport, les jeux, le théâtre, le conte, l’écoute la lecture, les découvertes de son environnement et de nombreuses activités artistiques. Ainsi, le programme offre aux enfants des enrichissements multiples leur donnant l’opportunité d’accroître leur flexibilité, la confiance en soi, leur rapport avec les autres et une bonne adaptation aux exigences du siècle présent.

 

 
Par Pasteur Christophe Deville - Publié dans : Éducation - Communauté : Pasteurs de France
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Jeudi 17 janvier 2008 4 17 /01 /Jan /2008 15:36

 

Les risques Psychosociaux
 
Cheftaine.gif Les expressions « stress », harcèlement moral, souffrance au travail représentent des réalités dont les contours ne sont pas toujours bien définis. Ces termes, utilisés dans le langage courrant nécessitent une approche interdisciplinaire et pluridisciplinaire. Selon l’Institut Français sur le stress (IFAS), 47 % des salariés en France déclarent éprouver souvent du « stress » au travail. Or, en Marketing, il est démontré qu’il vaut mieux prendre soin de ses employés et de ses clients que de développer une nouvelle stratégie afin d’embaucher une nouvelle personne ou démarcher une nouvelle clientèle. En effet, dans son rapport de 2005, la fondation de Dublin a estimé que la problématique de la santé liée au stress au travail engendre un coût direct de 20 milliards d’euro par an, sans prendre en compte les coûts indirects d’absentéisme et de manque de productivité.
 
C’est pourquoi, il est primordial d’inscrire les risques psychosociaux dans un cadre d’évaluation pertinent au niveau local, professionnel et personnel.
 
Aussi, certains indicateurs peuvent nous guider dans cette approche. Il est important de pouvoir caractériser les phénomènes qui peuvent exprimer des manifestations dont l’origine et la nature peuvent être variées. Un des grands soucis dans notre société occidentale est que la médecine classique considère trop souvent l’être humain comme le ferait un mécanicien. Il ne s’agit pas d’appliquer le même remède aux mêmes symptômes. Une personne peut souffrir de maux de tête car elle travaille dans un secteur industriel qui l’affecte physiologiquement. Une autre personne peut présenter les mêmes symptômes mais la raison peut être différente : soucis conjugaux, problèmes financiers, etc… Si les deux personnes présentent les mêmes symptômes, on ne peut cependant pas toujours appliquer le même remède aux deux situations.
 
L’être humain doit être pris en considération dans l’ensemble de ses composantes au regard de la situation qu’il rencontre au niveau Spirituel, Moral et Physique. Le constat de désespérance observé ses dernières années en France est réellement le reflet d’une approche laïque dont l’idéologie s’est laissé asséchée par la déconvenue du socialisme puis du capitaliste.
 
4 étapes pour établir un diagnostic
Des outils pratiques sont cependant à la disposition de chaque responsable, à son niveau afin que la société dans laquelle nous vivons expérimente une nouvelle renaissance. 4 étapes sont désormais à notre disposition. A partir des diagnostics des constats communs à l’entreprise, il s’agira pour les différents acteurs :
 
1 – de Construire ensemble une approche collective,
2 – de Repérer les indicateurs d’alerte (télécharger), 
3 – de Comprendre les déséquilibres,
4 – d’Agir à plusieurs niveaux et de développer une veille locale ou régionale (voir des cabinets tels que Scriptura).
 
En effet, s’il est important de différencier l’approche individuelle de l’approche collective, il est important de repérer les multiples acteurs qui contribuent à apporter une réponse à la problématique des risques psychosociaux. Vous trouverez auprès de l’ARACT de la région Aquitaine un guide pour une démarche pluridisciplinaire qui, sans aucun doute contribuera à répondre aux questions qui peuvent se poser en cet endroit.

L’homme spirituel dans tout cela ?
Nous devons nous rappeler que nous ne sommes pas premièrement une personne vivant une expérience spirituelle, mais nous sommes un esprit qui possédons une âme qui fait une expérience dans un corps. C’est la raison pour laquelle la Bible défini l’être humain non pas selon la priorité « Corps – Ame – Esprit » mais « Esprit – Ame et Corps ». Hélas, les membres des communautés confessionnelles (Eglises et Associations) peuvent eux aussi rencontrer des risques psychosociaux. En effet, à partir du moment où on considère que ces organismes ont une « mission » à remplir, on est de suite confronté au souci de l’efficacité et de l’exclusion. Dans un article précédent « Le rejet dans l’Eglise », nous avons abordé la problématique de l’exclusion. Trop longtemps, des responsables de structures religieuses ont été à l’origine d’une souffrance qui a conduit des croyants au rejet et à l’exclusion. N’oublions pas que Jésus disait qu’il n’hésitait pas à focaliser son attention sur la brebis perdue, qui a besoin d’attention particulière, plutôt qu’auprès des 99 autres brebis qui ne nécessitent pas de vigilance particulière. Or, c’est avec regret que nous constatons que, dans la plupart des cas, c’est l’inverse qui est pratiqué dans l’Eglise : Il est prêché une doctrine, sans tenir compte du processus par lequel le membre de l’Eglise passe ; il lui est demandé de « régler sa situation », et dans l’hypothèse ou celui-ci n’est pas en mesure de le faire, il est exclu, rejeté et abandonné. L’Eglise aura vite fait de l’oublier car, investie d’une « mission divine » de conquérir le pays, elle va délaisser la brebis perdue et se targuer d’aller et de sauver de nouvelles âmes qui, hélas, pour beaucoup d’entre elles, vont subir ce même processus.
 
En conclusion
Quelle démarche puis-je adopter afin de survivre ?
Face à la souffrance, il n’y a pas de réponse unique. Cependant, plusieurs pistes tant idéologiques qu’organisationnelles peuvent être apportées en cet endroit. La première est celle de la consécration et de l’espérance. Après avoir dressé un sombre tableau de la situation, nous devons cependant saluer ici l’initiative d’hommes et de femmes qui se dévouent totalement et en sacrifiant du temps et de l’argent afin que les valeurs auxquelles nous adhérons puissent être au bénéfice du plus grand nombre. Je pense ici à des femmes et des hommes d’exception, pasteurs, prêtres, mais aussi au dévouement tel qu’on pouvait le définir chez les « hussards noirs de la république » qui n’hésitaient pas à répandre l’instruction et la morale laïc avec un dévouement total. C’est de tels hommes et femmes dont notre pays, notre région a besoin, et mon désir est que ces « soldats de l’espérance » puisse bénéficier de tous les moyens pour accomplir ce travail… Que l’espérance, enfin, devienne source d’inspiration pour chaque décideur local, quel qu’il soit, avec la conviction que ce qui aura de l’importance n’est pas tant le chemin parcouru que le chemin qui reste à parcourir.
Par Pasteur Christophe Deville - Publié dans : Éducation - Communauté : Pasteurs de France
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Vendredi 4 janvier 2008 5 04 /01 /Jan /2008 14:16

Bonjour à chacun !
Dans un article de l'express, paru le 3 janvier dernier, nous pouvions lire que "François Fillon aurait confié au cabinet Mars & Co l'élaboration de critères d'évaluation "chiffrables" à partir des lettres de mission envoyées aux ministres par Nicolas Sarkozy"
Aussi, je n'ai pas résisté au plaisir d'extrapoler la situation en imaginant Jésus, aujourd'hui, utiliser les mêmes méthodes pour évaluer ses 12 ministres, en faisant appel à ce cabinet... 

Vous trouverez, çi dessous, la synthèse du cabinet qui a procédé à l'évaluation des minsitres...

 World & Co

Recrutements
&
Compétences
                                                    
Jérusalem, le 3 janvier 08
                                            Monsieur CHRIST Jésus
                                                  Menuiserie Charpentage 
                                                  « Joseph S.A. »
                                                              98012 Nazareth  
 
 
Cher Monsieur Christ,

Vous avez récement été reconnu comme ministre du Royaume.

Merci de nous avoir confiés les curriculum vitae des douze hommes que vous avez choisis pour leur confier des postes de responsabilités dans votre nouveau gouvernement. A présent, tous ont subi une série impressionnante de tests psychotechniques, les résultats ont été traités par ordinateur, et, pour chacun, nous avons en outre organisé un entretien individuel personnalisé avec notre psychologue et consultant en aptitudes pour le ministère.

Notre cabinet est arrivé à la conclusion que la plupart de vos candidats manquent d'expérience, qu'ils n'ont guère de formation et peu d'aptitudes pour le genre d'entreprise dans laquelle vous comptez vous lancer. Ils n'ont pas l'esprit d'équipe. Nous vous recommandons donc de continuer vos recherches en vue de découvrir des candidats qui aient de l'expérience dans la gestion des affaires et qui aient prouvé leurs compétences.


Simon Pierre est un instable émotionnel, en proie à des sautes d'humeur,  André n'a vraiment aucun don pour assumer des responsabilités. Les deux frères Jacques et Jean, les fils de Zébédée, placent leur intérêt personnel au-dessus du dévouement envers la société. Thomas a tendance à discutailler, ce qui ne pourrait que freiner l'enthousiasme de l'ensemble de l'équipe.

Nous nous voyons dans l'obligation de vous faire savoir que Matthieu figure sur la liste noire de la "Grande Commission de Jérusalem pour l'honnêteté dans les affaires". Jacques, fils d'Alphée, et Thadée ont indéniablement une tendance à la radicalisation, et tous deux ont atteint un score élevé sur l'échelle maniaco-dépressive.

Toutefois, un des candidats a de grandes possibilités…. Il est capable et imaginatif, a le contact facile et un sens développé des affaires, il ne manque pas de relations avec les personnalités haut placées.

Nous vous conseillons de prendre Judas Iscariote comme votre administrateur et bras droit. Il est motivé, ambitieux et n'a pas peur des responsabilités. Les autres profils ne demandent pas de commentaires.

Nous vous souhaitons beaucoup de succès dans votre nouvelle aventure.

Meilleures salutations.
 
P. N.,
Gérant du World & Co
Par Pasteur Christophe Deville - Publié dans : Éducation - Communauté : Pasteurs de France
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Vendredi 7 décembre 2007 5 07 /12 /Déc /2007 15:21

Lien social et intégration

Durkheim.jpg Il nous faut préciser que la solidarité représente un lien d’interdépendance favorisant une cohésion d’un groupe. D’une manière universelle, la solidarité peut être source d’intégration, au niveau de macro groupes, dans la mesure où elle se réfère à l’éthique: « selon quelles valeurs pouvons-nous être au bénéfice de cette solidarité » ? En tant qu’être-humains, nous sommes tous solidaires les uns des autres, pour le bénéfice de l’humanité. Nous pouvons préciser et prendre l’exemple de la solidarité nationale. Deux concitoyens à l’étranger vont naturellement (du moins, c’est ce qu’on espère) être solidaire au nom de l’attachement commun à une nation et aux valeurs traditionnelles qu’elle défend (même si les fondements de cette solidarité ne sont pas consciemment définis). Cependant, dans une logique de compétition, et plus les groupes se subdivisent selon des critères ethniques, politiques, religieux ou idéologiques, on peut s’interroger pour savoir si cette solidarité ne risque pas de devenir une source d’exclusion pour celui qui ne fait pas parti de ces groupes. Pour nous, acteurs sociaux, c’est là que cela devient intéressant. Chaque groupe (et, vous l’aurez remarqué ; nous sommes proche du communautarisme), devra tendre vers une solidarité organisée afin de lutter contre l’exclusion. Dans ce sens, celui qui se retrouve « à la marge », risque de devenir exclus de tous. Il est intéressant de voir que cela représente la problématique du moment dans les universités des Etats-Unis, où il est en vogue de classer les nouveaux venus soit dans le clan des « aliens » (des électrons libres), soit dans celui des « robots » (qui reproduisent les « habitus ») "alien or robot? Which of the two are you?". Nos choix d’appartenance, afin de faire valoir cette solidarité, dépendront donc grandement des valeurs auxquelles nous adhérons. Il est impératif de faire une distinction entre insertion et intégration. Nous convenons qu'en sociologie, l'intégration est définie comme un processus ethnologique durant lequel une personne initialement étrangère devient membre (s'intègre) dans une communauté. Admettons que cela peut s'appliquer également à un facteur confessionnel. L'intégration est opposée au communautarisme. Il est différent de l'assimilation puisqu'il ne s'agit pas de « mouler » l'individu dans un modèle social unique, mais de trouver dans le cadre public un consensus entre les différentes cultures. Mais qu'en est-il en termes d'insertion ? Intégrer, est-ce insérer ? Quel postulat pouvons-nous avoir en regardant, par exemple le modèle britannique qui mise sur le communautarisme pour favoriser l'insertion, tandis qu’en France, c’est l’inverse : on tend à briser le communautarisme afin de permettre l’insertion. Logique de ghettorisation ou logique de réseaux ?
 
 
La division sociale dans les sociétés traditionnelles et modernes
Une des idées fortes de Durkheim était que la division du travail social protège le lien social. Le rôle social des femmes est bien plus construit autour des liens interpersonnels que le rôle social des hommes. Durkheim avait utilisé, à l'époque, les données dont il disposait. Aussi, si on élargit les constats de Durkheim, tous les éléments de rupture du lien social constituent des facteurs aggravants : célibat, divorce ou chômage. La violence à l'égard de soi-même ou à l'égard des autres est donc le signe d'une déficience du lien social. Rappelons qu’à partir des années 70, on voit l'émergence d'une société beaucoup plus individualiste, au sein de laquelle les liens de proximité se relâchent. On accède de moins en moins au travail par des réseaux familiaux et de plus en plus au travers d'un diplôme, où la famille devient un cercle de coexistence moins permanent, où la compétition économique se fait plus aiguë, où l'individu qui rencontre l’échec est de plus en plus livré à lui-même, même s'il est assisté financièrement. La culture se formalise à travers diverses productions du groupe parmi lesquelles, les valeurs et leurs corollaires, les normes ; toutes deux issues d'un socle commun : les croyances collectives ou la représentation du monde. Elle permet en définitive d'orienter l'action, en lui donnant un sens. Comment, chez Durkheim, la « division du travail social » peut-elle préserver le lien social ? Dans son ouvrage[1] Durkheim fait la distinction entre les sociétés premières (traditionnelles) et les sociétés modernes (urbaines et industrielles). Pour lui, la division du travail est plus le ressort d’un phénomène social qu'économique. On aurait pu s’attendre à ce que Durkheim conclut par le manque de solidarité apparente de nos sociétés modernes, face à la forte conscience collective des sociétés premières au sein desquelles les activités sociales sont peu diversifiées. Cependant, il en vient à la conclusion inverse. En effet, cette conscience collective des sociétés traditionnelles produit des normes et détermine une culture commune dans laquelle chaque membre est enfermé. Au contraire, dans une société industrielle, salariale, la multiplication des activités sociales (la division du travail social) engendre la libération des individus qui ne subissent plus la pression du groupe. Cette montée de l’individualisme produit une liberté qui paradoxalement, engendre une interdépendance générant ce qu’il appelle la « solidarité organique ». Ainsi, les sociétés modernes sont à présent en mesure d’édicter de nouvelles lois qui vont régir ces liens.
 

[1] Émile Durkheim, « De la division du travail social », Éd. PUF, Paris, 2007.
Par Pasteur Christophe Deville - Publié dans : Éducation - Communauté : Pasteurs de France
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Dimanche 7 octobre 2007 7 07 /10 /Oct /2007 06:05

martinhirsch.jpg Dans l'express du mardi 2 octobre 2007, nous pouvions lire un article de Delphine Halgand dans la catégorie "Solidarité" dans lequel Nicolas Sarkozy se présente pour un "Grenelle de l'insertion". En effet, le président a demandé  à Martin Hirsch, Haut Commissaire aux solidarités actives de « réfléchir à la fusion des minima sociaux et à la question du bouclier sanitaire" et d'organiser un "Grenelle de l'insertion" :

 

artin Hirsch, Haut Commissaire aux solidarités actives, s'est rendu en Côte d'Or avec le président de la République pour vanter le revenu de solidarité active (RSA), mesure qu'il défendait déjà quand il était encore président d'Emmaüs. La Côte d'Or est l'un des départements qui, comme l'Eure ou l'Oise, s'est porté volontaire pour expérimenter cette nouvelle allocation.

Le principe: verser ce revenu aux bénéficiaires du RMI ou de l'API (allocation de parent isolé) qui reprennent un emploi. Le RSA vient compléter le salaire tiré de cette activité, notamment les emplois à temps partiel. Ainsi, pour un Rmiste, reprendre un travail n'est plus synonyme de perte de revenus. "Le but est de remplacer le RMI, qui souffre d'une image négative depuis sa création", avait déclaré Martin Hirsch à la fin juin.

Alors que les estimations du coût de cette mesure oscille entre 8 et 3 milliards d'euros, le Haut Commissionnaire affirme, lui, qu'il en coûtera en moyenne 1200 euros par personne sur un an, soit près de 4 milliards d'euros par an.

FUSION DES MINIMA SOCIAUX ET BOUCLIER SANITAIRE
Le président de la République a déclaré avoir demandé à Martin Hirsch "de réfléchir à la fusion des minima sociaux et du bouclier sanitaire". La fusion du Revenu minimum d'insertion (RMI), de l'Allocation spécifique de solidarité (ASS), de l'Allocation de parent isolé (API) et de l'Allocation d'adulte handicapé (AAH) est en fait la conséquence logique de la mise en oeuvre du Revenu de solidarité active (RSA).

Le "bouclier sanitaire" établirait, lui, la prise en charge à 100 % des soins au-delà d'un certain seuil de dépenses fixé au prorata des ressources des patients ou de leurs familles. Cette solution alternative aux franchises médicales préconisée par Martin Hirsch revient donc sur le devant de la scène alors qu'un rapport remis vendredi dernier à Roselyne Bachelot, ministre de la Santé et au Haut Commissaire aux solidarités actives recommander d'attendre 2010 pour le mettre en place.

CONTRAT UNIQUE D'INSERTION
Nicolas Sarkozy s'est aussi prononcé pour la fusion des contrats de travail aidés en un "contrat unique d'insertion".
"J'ai demandé à Martin, en liaison avec (la ministre de l'Economie) Christine Lagarde de travailler à un projet d'unification de tous les contrats aidés, a déclaré le chef de l'Etat . "La création d'un contrat unique d'insertion répondra au besoin de simplicité grâce à un régime juridique unique pour l'ensemble des contrats aidés, avec un seul prescripteur", a-t-il expliqué. Ce contrat unique d'insertion pourra être conclu pour des durées variables, selon les besoins et ses titulaires seront suivis par le service public de l'emploi, a précisé le président de la République.

Lors d'une table ronde au Conseil général sur le thème de la réinsertion par le travail, le Chef de l'Etat a également "mandaté" Martin Hirsch pour réfléchir à un nouveau dossier: "faire sauter le cadre des 24 mois", durée légale des contrats aidés.

Le président de la République a également confier à Martin Hirsch, lors de cette visite à Dijon l'organisation d'un "Grenelle de l'insertion", sans toutefois fixer un calendrier.



Deux modèles s'opposent quant à la résolution des problèmes liés à l'exclusion. Le premier système, néolibéral, repose sur les théories d'Adam Smith qui met l'accent l’importance de la division du travail (un siècle avant Durkheim). Smith s’appuie sur la logique des stratégies individuelles. Il part des motivations de l'individu. C'est un individualisme méthodologique. Chacun est respecté dans son individualisme politique, ethnique et religieux. Les limites sont liées à la fatalité si bien exprimée par Raymond Boudon1
.
Le second système est celui que nous apparenterons à la logique d'inspiration française. C'est une approche holiste. Dans notre cas, Bourdieu et Passeron font primer le collectif sur l'individu2. L'individu doit s'insérer dans un système. Dans ce système, les individus sont étiquetés selon une norme collective. Les critères logico-mathématiques et linguistiques sont primordiaux pour évaluer les potentiels d'insertion.Cela nous renvoie à Dubar3 dans sa définition de l’identité et nous permet de comprendre que nous sommes bien dans une identité multiple. Lorsqu’on est en travail avec une personne qui est étiquetée comme ne pouvant rien faire, il est possible de se dire qu’en effet, elle n’a peut être pas pu faire grand-chose dans les conditions dans lesquelles elle se trouvait. Cependant, si nous arrivons à créer d’autres conditions, alors nous pouvons découvrir des potentiels qui n’ont peut-être jamais été exploités jusqu’à présent. Aussi, il nous appartient d’ouvrir cette personne à d’autres « champs des possibles ». En conclusion de cette recherche, un modèle alternatif pourrait-il être proposé ? Dans le cadre du travail on parle de la segmentation du marché de l'emploi. C'est le discours sur l'employabilité qui éveille notre attention sur le concept de normalité et d'anormalité.
 


[1] Raymond Boudon, « Renouveler la démocratie », Éditions Odile Jacob, Paris, 2006, 300 p.
[2] Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, « Les héritiers. Les étudiants et la culture », Editions de minuit, Paris, 1964, 188 p.
[3] Claude Dubar, « La crise des identités », Editions PUF, Paris, 2001, 248 p.
Par Pasteur Christophe Deville - Publié dans : Éducation - Communauté : Pasteurs de France
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Lundi 1 octobre 2007 1 01 /10 /Oct /2007 16:53
Le protestantisme originel en Martinique dans un contexte d'exclusion.
maintenon.jpg Un petit rappel s'impose. Dans la religion catholique, au Xvème siècle, le prêtre à pour première vocation de bien savoir distribuer les sept sacrements car il est "Alter Christi". En revanche, dans le protestantisme, une attention toute particulière est portée à l'étude individuelle de la Bible et la transmission des principes moraux qu'elle renferme. Dans la même foulée que la publication du code noir en mars 1685, octobre 1685, [et toujours sous les auspices de Madame de Maintenon, épouse de Louis XIV : une illustre ressortissante de l'île de la Martinique], est célébrée "La révocation de l'Édit de Nantes"[1]. Les protestants doivent donc s'exiler. Les historiens s'unissent pour dire que ce sera une grande perte pour la France. Cependant, dès le mois de mars, le ton est donné dès les premiers articles du Code Noir de 1685 :
Article 1er.
– "Voulons et entendons que l'édit du feu roi de glorieuse mémoire, notre honoré seigneur et père, du 23 avril 1615, soit exécuté dans nos îles ; ce faisant enjoignons à tous nos officiers de chasser de nosdites îles tous les juifs qui y ont établit leur résidence, auxquels, comme aux ennemis déclarés du nom de chrétien, nous commandons d'en sortir dans trois mois à compter du jour de la publication des présentes, à peine de confiscation de corps et biens".
 
Article second.
– "Tous les esclaves qui seront dans nos îles seront baptisés et instruits dans la religion catholique, apostolique et romaine. Enjoignons aux habitants qui achètent des nègres nouvellement arrivés d'en avertir dans la huitaine au plus tard les gouverneur et intendant desdites îles, à peine d'amende arbitraire, lesquels donneront les ordres nécessaires pour les faire instruire et baptiser dans le temps convenable."
Article cinquième.
"Défendons à nos sujets de la religion protestante d'apporter aucun trouble ni empêchement à nos autres sujets, même à leurs esclaves, dans le libre exercice de la religion catholique, apostolique et romaine, à peine de punition exemplaire."[2]
 
Ainsi, le protestantisme aux Antilles Françaises, s'est souvent développé dans un esprit contestataire qui s'opposait à l'exclusion. Soulignonscependant que ce n'est pas une spécificité antillaise ! Ce fait a aussi été observé aux Etats-Unis. Les récentes recherches d'une spécialiste en la matière, Leanne Payne, professeur à l'Université de Yales ont largement contribuées à démontrer d'un aspect sociologique l'œuvre des institutions confessionnelles d'insertion parmi les minorités ethniques dans le cadre de l'insertion professionnel. Dans ce sens, elle étudie certaines réalités redondantes des sociétés noir-américaines. Pères absents, hommes frustrés dans leur travail, maris désemparés. Balayant les stéréotypes et les caricatures, Leanne Payne définit sa problématique et étudie une polarité des sexes utilisable dans toute société[3].
 
c. Le protestantisme évangélique en Martinique.
En Martinique, en unecinquantaine d’années, le néo-protestantisme s’est développé avec l’activité d’évangélisation par des missionnaires qui ont fondé les premières Églises Évangéliques. Depuis, elles se sont développées au point que l’on distingue non seulement des Églises autochtones mais aussi des Églises ethniques à forte composante de ressortissants de la caraïbe : Églises haïtiennes par exemple. La communauté protestante sur laquelle portera plus précisément notre étude est celle des évangéliques.En Martinique, le panorama des Églises évangéliques est très vaste. Historiquement, l’Église évangélique dite de la Mission Chrétienne est la plus ancienne implantée sur le territoire martiniquais. Elle commença son existence de manière informelle depuis 1902. A cette époque, les croyants se réunissaient dans des "églises de maisons". Celles-ci sont des rassemblements de chrétiens dans des maisons pour l’exercice d’un culte. Les assemblées évangéliques se démarquent de l’Église catholique romaine par des principes essentiels :
  • Le salut est donné par Dieu (par grâce : selon une des grandes affirmations de la Réforme : Sola Gratia) et non par les œuvres faites ;
  • La Bible a toute autorité et exclut la tradition en tant quesource d'inspiration ;
  • Il n'y a pas de sacrements mais des ordonnances au nombre non pas de 7 mais de 2, voire 3 symboles qui sont des "signes visibles d'une grâce invisible" : Baptême des adultes par immersion, sainte-cène sous les deux espèces : pain et vin, et imposition des mains avec onction d'huile ;
  • Les prières s’adressent à Dieu seul [Père, Fils et Esprit-Saint] ;Le fonctionnement de ces églises repose sur l’Église locale et non sur une organisation
 
CONCLUSION.
 
La Martinique est l’un des départements français les plus denses quant à la concentration des protestants. On y trouve sociologiquement un intérêt premièrement quantitatif. Il s’agit de la 2ème religion du pays. Puis, un intérêt également quant à la représentation nationale. La jeunesse martiniquaise exporte dans la caraïbe, la francophonie et le monde entier, un style musical religieux qui lui est propre et qui est générateur d’une approche innovante du respect mutuel. Cette jeunesse, éduquée et élevée avec ses valeurs que l’on retrouve dans les dispositifs d'insertion confessionnel (l'ACEATE, le groupe Symbiose) est sans aucun doute à l’avant-garde d’un message d’espoir, nous dirons même d’espérance dans cette mondialisation que nous vivons ou plutôt que nous subissons. Ce bref panorama anthropologique du religieux à la Martinique, aborde la notion du magico-religieux tellement traité dans de nombreux mémoires de maîtrise voire de thèses de doctorat.
 
Pour le protestantisme en Martinique, nous nous sommes particulièrement ralliés à la vision non pas d’un mouvement, mais d’un homme : Jean Calvin. A l’aube de la renaissance, Jean Calvin se voyait comme un nouvel Alcuin et un nouvel organisateur des sciences de l’éducation. Tout comme Alcuin auprès de Charlemagne au 9ème siècle, Jean Calvin souhaitait que tout enfant en France soit formé et éduqué afin d’être une force vive pour le pays. C’est une mission sociale, c’est une mission laïque.
 
Un survol du concept de l’insertion sous un angle philosophique, tel que nous l'avons abordé dans les propositions faites par Platon nous permet de découvrir que les premiers catéchismes, véritables "manuels d'insertion" ont été protestants. Par cette affirmation, certains pourraient se poser la question pourquoi cela ? pourquoi notre monde a-t-il attendu le 15ème siècle, l’avènement du protestantisme pour voir apparaître ces manuels ? Cela est en rapport avec la doctrine. Loin de nous en cet instant d’être prosélyte, mais quelques précisions s’imposent. À partir du moment où le protestantisme surgit en Europe, jusqu’alors, l’individu, lorsqu’il avait fauté pouvait aller voir le prêtre qui pouvait l’absoudre de ses péchés et cette personne sortait du confessionnal avec la certitude d’avoir la grâce. Voici à présent en quoi consiste la pratique éducative protestante. La Foi protestante repose sur le fait que chaque individu est pécheur et qu’il est donc coupable, mais que le salut est acquis par la Grâce seule.
 

[1]L'Édit de Fontainebleau révoque l'Édit de Nantes rédigé en 1598.
[2] Le Code Noir de mars 1985, in « Codes Noirs, de l'esclavage aux abolitions », éditions Dalloz, Paris, 2006, pp 38-39.
 
[3] Leanne Payne, “Crisis in Masculinity”, Ed. Crossay Books, Wheaton, 1985, pp. 77-84.
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Dimanche 16 septembre 2007 7 16 /09 /Sep /2007 01:06

JeanCalvin.png Bonjour à chacun et merci pour vos nombreux encouragements dans l'oeuvre de réformation que nous avons entrepris ! Alors que la "lettre aux éducateurs" de Nicolas Sarkozy a été envoyé à beaucoup d'entre nous, je ne peux m'empêcher de faire un parallèle avec la vision que Jean Calvin a eu pour la France et la francophonie, en matière d'éducation.

Un peu d'histoire...
Jean Calvin est né en 1509 à Noyon. Il fit ses études de droit au collège Montaigu à Paris ainsi qu’à Bourges où il put connaître les idées sur la réforme. À la mort de son père, Calvin adhéra complètement aux idées relatives à la réforme, cela quand il se mit à étudier les lettres et la théologie. C’est en lisant les ouvrages de Luther qu’il décida d’étudier la théologie. Il fut nommé pasteur en 1539 à Strasbourg et professeur de Théologie. Calvin devint un grand organisateur de la Réforme française. En 1541, alors qu’il est de retour à Genève après son exil imposé par les autorités civiles de l’époque, il adhère à l’idée selon laquelle la Bible est seule source d’autorité. Malgré quelques résistances à Genève, Calvin réussit à imposer sa conception de la réforme : la Sola Scriptura . Il crée une Académie qui forme des pasteurs, des docteurs, des diacres et anciens, utiles pour la vie de l’église protestante. Le personnel de l’Église calviniste n’a pas le même statut que les prêtres romains. Le pasteur par exemple est un laïc parmi des laïcs. Calvin étudia les deux testaments de la Bible, cela, souvent à la lumière des écrits de Saint Augustin. Il meurt en 1564, en laissant une œuvre considérable derrière lui, composé de commentaires sur le nouveau et l’ancien testament, « un grand nombre de traités et opuscules en relation avec les différents aspects de la Réforme, des Sermons sur les Épîtres de saint Paul, etc. ». 

Un modèle éducatif.
Nous devons comprendre un point important ici et c'est François Guizot qui nous éclairera. Né à Nîmes en 1787, il est élu en 1836 à l’Académie Française. Guizot mène une double carrière d’homme politique et d’historien. Il prend une part active à la révolution de 1830 et devient ministre de l’Intérieur [1830] puis Ministre de l’Instruction Publique de 1832 à 1837. C'est à lui qu'on doit la loi du même nom [Loi Guizot de 1833] sur l’enseignement primaire qui accorde la liberté de l’enseignement et fait obligation à chaque commune d’ouvrir une école. Certaines personnes feront le rapprochement entre son discours et le tout récent discours de son successeur en ce qui concerne le « socle de connaissances ». Mais ce qui attire notre attention c'est qu'en tant que Ministre de l'Éducation, tout en gardant sa casquette d'historien, son système de réforme sera celui d'Alcuin. Dans son cours d'histoire de l'éducation, Guizot tient pour établi « que, du Vème au VIIIème siècle, la décadence a été, dans la Gaule Franque, constante, générale ; qu’elle est le caractère essentiel du temps, et ne s’est arrêtée que sous le règne de Charlemagne ». Or, c'est précisément la vocation dont ce sens investi Jean Calvin qui, précisons-le, a opté pour le nom de Calvin, pour l'anagramme qu'il constituait avec le nom d'Alcuin [en Latin Calvinvs est l'anagramme d'Alcvinvs]. La doctrine des réformés radicaux est donc confessante.
Nous terminerons donc en citant la conclusion de la "lettre aux éducateurs" du Président qui constate que "Chacun d’entre vous, je le sais, mesure l’importance du défi que nous avons à relever. Chacun d’entre vous comprend que la révolution du savoir qui s’accomplit sous nos yeux ne nous laisse plus le temps pour repenser le sens même du mot éducation. Chacun d’entre vous est conscient que face à la dureté des rapports sociaux, à l’angoisse devant un avenir de plus en plus vécu comme une menace, le monde a besoin d’une nouvelle Renaissance, qui n’adviendra que grâce à l’éducation. À nous de reprendre le fil qui court depuis l’humanisme de la Renaissance jusqu’à l’école de Jules Ferry, en passant par le projet des Lumières.
Le temps de la refondation est venu. C’est à cette refondation que je vous invite. Nous la conduirons ensemble. Nous avons déjà trop tardé.

Par Pasteur Christophe Deville - Publié dans : Éducation - Communauté : Pasteurs de France
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Mardi 4 septembre 2007 2 04 /09 /Sep /2007 14:47

drapeau-Quebec.gif Bonjour à chacun ! Avant de poursuivre notre étude sur le concept d'intelligence existentielle, j'aimerais vous inviter à prendre connaissance d'un nouveau portail qui vient de voir le jour, il y a quelques semaines, et qui recense certains sites chrétiens très intéressants... http://www.hawatools.com/service-annuaire/annuaire-1655-117.html


Intelligence naturaliste et intelligence existentielle

a. Durkheim, Pape de la Sociologie.
Émile Durkheim… et tout est dit[1]. Ou nous devrions plutôt dire ‘tout est fait’ ! Jean Brun qui fut professeur de Philosophie à l’université de Dijon a tenté de dégager la filiation des idées dans la formation de l’Europe et de ses institutions[2]. En abordant la sociologie, il n’hésite pas à parler de l’idolâtrie du fait. Pour lui, Durkheim base toute l'éthique sur le fait social. Un acte est dit mauvais s'il est en contraste avec l'ensemble de la société (qui est infaillible). Notons au passage les différents mouvements liés par des points de contacts : le positivisme (philosophie analytique), c'est le « calculons » au lieu du « raisonnons »[3]. Très déshumanisant comme le structuraliste et la recherche de la langue absolue. Nous comprenons le fil de sa réflexion lorsqu'après l’établissement philosophique de la mort de Dieu, il est proclamé la mort de l'homme au profit du fait. Cela semble anodin, théorique mais d’une importance fondamentale quant on considère la place cédée aux statistiques, études de terrain, réflexion reprise même en économie ou les indispensables marchés d’études fleurissent parfois au dépit du bon sens. Cette méthode est acceptée comme idée reçue, comme méthode d’approche plus qu’un moyen.
Il est intéressant de noter en cet endroit qu’il est fait abstraction, dans cette théorie de l’objet et du rapport à l’objet[4] à ce que, dans ce rapport, Platon définissait comme source originelle. Par contre nous voyons apparaître ici le concept de data. Si Zenon ne pouvait être contredit dans démonstration, c’est parce que son paradoxe est établit sans poser en premier point un créateur. Nous sommes bien, avec Durkheim, dans une opposition entre créationnisme et évolutionnisme. « Si le lapin rattrape la tortue, c’est parce que c’est Dieu qui les a créé tout les deux et qu’Il l’a décrété ainsi » dira le théologien protestant Henri Blocher. C’est ainsi que le développement de la méthode paraîtra très déshumanisant (logique inductive / logique expérimentale).
 
b. Kierkegaard et le désespoir.
En lisant en toute simplicité Søren Kierkegaard[5] nous pouvons recevoir de lui clairement ce qu’il expose[6]. ce petit exposé est une bonne exhortation édifiante sur laquelle il est possible de construire. Dans une 1ère partie. La maladie à la mort est le désespoir. 1/ Etre désespéré mène jusqu'à la mort. Le désespoir est réel même s'il paraît en disharmonie avec l'« Etre ». Désespérer, c'est désespérer d'être ; donc mourir ! Il y a cependant une ouverture sur d'autres espoirs :
« Le désespéré a beau ne pas s'en apercevoir... : l'éternité fera pourtant éclater que son état est le désespoir...; et l'illusion de sa réussite deviendra manifeste. Et il faut que l'éternité agisse de la sorte, parce qu'avoir un moi, être un moi, c'est la suprême, c'est l'infinie concession faite à l'homme ; mais c'est en même temps l'exigence, la créance de l'éternité sur lui »[7]. 2/ A présent que le désespoir est exposé (notons au passage que c'est une maladie), il reste à démontrer son universalité. Tous connaissent l'angoisse. Pas besoin de grande démonstration pour prouver que le désespoir est partout, sauf peut-être chez le chrétien véritable, dit Kierkegaard et encore ; il est entaché par ce désespoir qui le tient comme une bête sauvage, mais mourante. Le désespoir est là. Il est universel mais pas incurable. Il suffit de porter son regard à l'horizon. 3/ Cependant, regardons d'un peu plus près le désespoir dans ses différentes formes de manifestation.
 
i. La conscience de soi
·                   Le fini - précis – conscient
·                   L'infini - vague - inconscient
 
ii. Positif ou admission ?
Le désespoir est ni positif ni admissible. Il est négatif et inadmissible. Cette situation nécessite une intervention miraculeuse pour rompre cet état. La solution se trouve dans la Toute-Puissance de Dieu. Ou plutôt la solution se trouve en Dieu qui dans sa Toute-Puissance met un terme à cette situation (car sinon on risque d'opposer Dieu au concept de désespoir - ce n'est cependant pas pour diminuer l'importance du désespoir). Kierkegaard a établi jusqu'à présent le désespoir comme maladie qui nous touche tous. Impossibilité de se guérir, nécessité d'une intervention divine. Il a montré plusieurs formes de désespoir, les causes et les effets. Dans cette 2ème partie, il démontre que le désespoir est péché.
« Le péché consiste, étant devant Dieu ou ayant l'idée de Dieu, et se trouvant dans l'état de désespoir, à ne pas vouloir être soi, ou à vouloir l'être. Le péché est ainsi la faiblesse ou le défi intensifié. Il est le désespoir élevé en puissance ; l'accent porte ici sur le fait d'être devant Dieu, ou d'avoir l'idée de Dieu ; ce qui est au point de vu dialectique, éthique, religieux, fait du péché le désespoir «qualifié», suivant le terme des juristes, c'est l'idée de Dieu » (p. 67).
 
Mettons de côté l’aspect confessionnel. Il y a, dans l’approche de Kierkegaard, matière à réflexion dans le procédé de l’utilisation de l’intelligence existentielle qui permet, à celui qui l’utilise, de lutter efficacement contre le concept du désespoir. Il s’agit bien là d’une piste à emprunter.
 

[1] Emile Durkheim, « les règles de la méthode sociologique », Éd. Flammarion, Paris, 1988, 253 p. 
 
[2] Jean Brun, « L’Europe philosophe », Editions Stock, Paris 1988, pp. 268-362.
 
[3] Idem, p. 331.
 
[4] Emile Durkheim, « les règles de la méthode sociologique », Éd. Flammarion, Paris, 1988, p. 16.
 
[5] Kierkegaard Søren, « La maladie à la mort (Le concept de désespoir) », Traduit du danois par P.H. Tisseau, Ed. Tisseau, Bazoges-en-Paredes, s.d., 124 p.
 
[6] Même s’il se donne bien de la peine pour expliquer des choses élémentaires.
 
[7] Kierkegaard Søren, op.cit, p. 17.
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Mercredi 22 août 2007 3 22 /08 /Août /2007 15:29

Apports philosophiques et psychologiques 
dans le rapport au divin
 
(Freud ou Jésus ?)

Avant-Propos
Freud.jpg Dans notre ouvrage, "le croyant et l'abondance" (disponible en librairie), nous traitons du rapport au divin selon une approche de la révélation christique. Dans un croisement interdisciplinaire, il est important d'approcher les apports philosophiques et psychologique dans la compréhension de notre intelligence intrapersonnelle. Aussi, en conclusion de ce contre-point historique (voir article précedent), quels sont les apports philosophiques et historiques de ce groupe minoritaire du moyen-âge qui utilise, entre autre, ce qu’on peut aujourd’hui définir par l’intelligence existentielle ? Quels sont les tenants et les aboutissants d’une telle démarche intellectuelle et émotionnelle dans la problématique de l’insertion à notre époque ? Ce que nous comprenons ici, c’est que derrière les mots se cachent des réalités différentes. Les observateurs historiques se penchent sur les décolonisations
[1]. On entend dire que le système français fonctionne comme un moteur à explosion : « ce n’est qu'une explosion, une révolution qui peut faire progresser le pays »[2]. Nous pouvons fort aisément penser que le lecteur non averti ne verra ici que la description d’un beau paysage et pourrait s’interroger sur les motivations d’une telle recherche et analyse. L’insertion tire sa conception de celle de la civilisation ; les grecs fondaient, dans les régions vassales, des éphébies pour intégrer les barbares à un système culturel. Ce genre d’insertion pouvait être loué. En fait, il s’agissait plus, pour le pouvoir en place, de préserver ses îlots de pouvoir en contrôlant, de l’intérieur des espaces qui, jusqu’alors, appartenaient aux « barbares ». Cette insertion, base de cohésion sociale, de paix et de sécurité, peut emprunter d’autres sentiers. Au XIII et XIVème siècles une confrontation de systèmes a abouti à une répression sanglante. Cette solution alternative a été rejetée et réprimée dans le sang. Certains spécialistes comptent jusqu’à près d’un million de victime en Europe Centrale dans une période d’un siècle du XIII au XIVème siècle. Saurons-nous, en ce début de XXIème siècle tirer profit de l’histoire ?
 
 
Questions de méthode !
Rappelons-nous que l’intelligence intrapersonnelle désigne la capacité qu'on a à avoir un regard critique sur soi-même, juger de ses limites, comprendre ses réactions. La faculté de se connaître soi-même. Il nous semble que la procédure des psychologues se caractérise surtout par trois traits, plus ou moins marqués selon les écoles. Il s'agit de l'objectivité, de la part de l'interprétation, et du privilège donné au pathologique pour l'accès à la connaissance.
L'objectivité.
Les psychologues sont très soucieux que l'on considère comme scientifique le traitement du comportement humain. Ils ont dû conquérir de haute lutte la considération de leurs collègues des « sciences dures » pour lesquelles on ne discute même pas du caractère scientifique de leur recherche. Il semble que ce soit W. Hut qui ait réussi à obtenir que l'enseignement de la psychologie ait une reconnaissance universitaire. Il avait un laboratoire de psychologie, qu'il a pu transformer en chaire. La psychologie a pu être considérée comme une discipline autonome à l'université. Depuis cette première conquête, les psychologues ont fait grand effort pour se libérer des liens d'autrefois avec la philosophie et pour que l'on reconnaisse que leurs discours étaient tout autant scientifique que celui des physiciens et des chimistes. Ce souci d'objectivité marque simultanément la plupart des autres écoles. Nous pensons qu'il ne serait remis en cause que pour la frange à l'autre extrémité du spectre des psychologues philosophes, de ceux qui sont très marqués par Heidegger en particulier. Ils font une philosophie psychologique qui ne peut guère s'associer avec la démarche objectivante. Même le freudisme a ce souci, bien que cette pratique ne procède pas par statistiques et par expériences de laboratoire, de traiter de façon objective ce qu'il en est du sujet humain et de son vécu. La théorie psychanalytique en tant que théorie de connaissance des objets psychiques (conscient, inconscient, pulsions, désirs etc.) fait partie de ce mouvement nihiliste d'objectivation de l'être de l'homme[3]. Dans un compte-rendu de sa pensée, un commentateur écrit : « Freud avait ressuscité l'Oedipe, Lacan fait revivre le Sphinx ». Lacan crée une interprétation du freudisme qui est contestée par les freudiens orthodoxes, il crée sa propre école française de psychanalyse qui est anathématisée par les freudiens orthodoxes, selon nos recherches. La différence d'avec le freudisme orthodoxe est double :
a/ il y a eu une découverte de Lacan (acceptée même par des non-lacaniens), qui est le stade du miroir, c'est-à-dire quelque chose qui est antérieur à l'Oedipe dans la construction de la personnalité, qui se joue entre six et neuf mois. Lacan a découvert l'importance du moment où le petit enfant vient à se reconnaître, à savoir que c'est lui dans le miroir, avec toutes les conséquences que cela a. Le moi idéal est forgé par ce regard de l'enfant sur ce qui lui est dit de lui-même, qui unifie un corps qu'il n'avait pas reconnu comme le corps propre, qui était pour lui morcelé jusque là, et confondu avec celui de la mère. C'est le moi idéal qui ainsi se forme. Lacan insiste sur le fait que c'est une fonction de méconnaissance. Du coup, à partir de cette image, l'individu humain va se méprendre foncièrement sur lui-même. Il va lutter constamment avec une image qui sera son malheur, une image de lui-même faussée à laquelle il essaiera de s'égaler sans jamais le pouvoir. Lacan dirigeait cela tout spécialement contre certaines des psychologies américaines, qui sont des psychologies du moi.
            b/ Lacan a une grande affinité avec le mouvement structuraliste, d'où son grand succès dans les années 60-70, il utilise les modèles que les linguistes ont fournis (en particulier ceux des structuralistes) et il tend à tout résoudre en terme de signifiants et de signifiés, considérant que ce qui est intéressant est la manière dont le sens circule, mais avec une prédominance du signifiant sur le signifié. Il considère qu'on interprète de manière correcte et fructueuse ce qui se passe dans l'inconscient quand on voit que ce sont des signifiants qui y jouent, s'y mêlent, s'y composent ; ce que Freud n'avait pas nié, mais Freud avait toujours en même temps donné beaucoup d'importance à l'aspect énergétique, dynamique, dont nous avons parlé en note. Cela intéresse peu Lacan : pour lui, c'est la manière dont les signifiants jouent entre eux, en particulier par la métonymie et la métaphore.
 
La part de l'interprétation.
C'est un élément qui est évident pour la psychanalyse, qui est toute entière interprétation. Le titre du livre fondateur, L'interprétation des rêves[4], est très significatif à cet égard. Pour tout ce qui est de la tradition freudienne, tout ce dont on parle comme réalité explicative dans le schéma que l'on construit, on n'y accède que par la voie de l'interprétation à la manière du détective qui, ayant quelques traces, réussit à retrouver quelle a été la réalité des faits. Le travail est un travail d'interprétation de traces plus ou moins déformées, c'est un trait qui n'est absent nulle part dans tout le champ de la psychologie. Même les thèses comportementalistes ne peuvent pas se passer d'un minimum d'interprétation des comportements. Pour imaginer des expériences, il faut déjà supposer quelque sens au comportement.
 
L'importance du pathologique.
Il nous aide à comprendre ce qui se trouve chez tous. On peut se demander s'il existe un être normal. Il est sûr que la vieille psychologie de type académique philosophique partait de l'expérience de gens qui se considéraient comme normaux. Or, ce qui a caractérisé la psychologie nouvelle, et tout spécialement celle de Freud, c'est que c'est l'étude de malades qui a permis de sonder ces profondeurs et de construire des modèles du fonctionnement psychique. Cela a été attaqué, notamment par Pierre Debray-Ritzen. Il était un grand patron de la psychiatrie française, directeur du service de psycho-pédiatrie de l'hôpital des enfants malades. C'était un féru de littérature policière. Il s'est fait connaître comme l'adversaire acharné de la psychanalyse et de ce qui pouvait y ressembler et un adepte fervent de la biologisation. Dans son livre « La scolastique freudienne » qui certes, n'est pas une critique scientifique même si des arguments ont un fondement de réalité, il a un catalogue d'accusations contre la psychanalyse : hyper formulation, hyper réduction, hyper symbolisation, hyper sémantisation, hyper synthèse, erreur fondamentale (expliquer le normal par l'anormal). D'ailleurs, le philosophe Max Scheller, écrivain des grands de la phénoménologie à ses débuts, avait déjà au début de la psychanalyse lancé ce reproche à Freud[5]. L'hyper sémantisation est le reproche correspondant à la nécessité d'interpréter, Freud donne un sens à tout et n'importe quoi[6]. Les moindres lapsus prennent un sens de clé pour les profondeurs du psychisme de l'individu. Où est donc la place de l'humain s'il n'est que mécanisme biochimique ? Un simple aggloméra coordonné psychiquement ?
 
Réaction existentielle.
Paul Ricœur, dans son ouvrage « soi même comme un autre » [7] n’exprime pas d’objections fondamentales. Cependant, il déploie une réflexion sur l’identité au regard   de l’intelligence. Le livre de l’Ecclésiaste au chapitre 5 souligne que l'abondance des préoccupations produit les rêves. Ils sont considérés comme des effets de processus de causalité, comme on en a dans le monde physique. Dans le livre des Proverbes, on voit que les comportements humains, avec leur régularité, leur aspect de causes suivies d'effets, sont pris en compte comme tels. Quand Jésus dit que c'est de l'abondance du cœur que la bouche parle, il énonce une proposition théorique sur un fonctionnement quasiment mécanique du psychisme humain. D’un point de vu existentiel, nous pensons pouvoir dire que c'est la finitude, le caractère de créature qui appartient à l'être humain jusqu'en son âme-esprit qui est en cause ici. Refuser que les mouvements de notre subjectivité relèvent de lois analogues aux lois que l'on a dans le domaine physique, c'est faire comme si l'âme-esprit était une étincelle de divinité étrangère au monde. Pensons aux conséquences ! L'homme n'aurait dans ce cas pas besoin de l'homme. Unique, seul, il pourrait vivre sans l'autre. Allons même un peu plus loin en nuançons : l'homme « normal » n'aurait donc pas besoin de l'homme « anormal ». On tendrait alors vers une société indéfinissable de clones. Une société invivable.
La part du pathologique est plus délicate à traiter. Il y a dans la maladie psychique un révélateur de l'humain. Cela va dans le sens d'une possibilité de lire dans le pathologique ce qui est voilé chez ceux qu'on dit normaux ... et qu'on dit normaux parce qu'ils ont réussi à établir des mécanismes de défense et de dissimulation suffisants de ce qui grouille là dans les profondeurs de l'être, de telle sorte qu'on ne le voit pas. On pourrait peut-être définir la maladie comme l'impuissance à dissimuler ce qui se passe dans cette zone que l'homme ne contrôle pas. Il est clair alors que la maladie va servir de manifestation pour tout de ce qui est dans l'inconscient.
 
Mais, s'il y a possibilité de cet accueil quant à la méthode, il nous semble qu'il faut aussi rester très vigilant. Il faut dénoncer une très forte tentation réductionniste. Le réductionnisme est la pensée dans le style du « n'est que ». « L'homme n'est qu'objet ». « L'homme n'est qu'un appareil psychique régi par des causalités diverses »[8]. Très souvent, quand on lit Freud, on a l'impression d'une volonté de réduction à ce jeu de forces et de pulsions dans l'inconscient et rien d'autre[9]. Or, l’intelligence existentielle qui est la capacité à penser nos origines et notre destinée nous donne ici une pleine assurance pour dire : il n'y a pas que cela. L'homme est « bios », il est force vitale, il est fait pour un « commerce »[10] avec l'absolu, qui est autre chose radicalement, « un non-être » d'une autre sphère.
 

[1] Modèle français, modèle anglais.
 
[2] Dans ce sens, le chercheur comprendra que dialogue social, en France aura quelques difficultés à s'établir.
 
[3] Freud fonde la psychanalyse par un livre qui parait en 1900. L'interprétation des rêves. Lacan naît en 1904, il commence à faire parler de lui dans les années trente.
[4] Sigmund Freud, « Sur le rêve », Éd. Gallimard, Paris, 1990, __ p.
[5] Peut-être serait-il intéressant de faire une comparaison entre l’utilisation de l’intelligence interpersonnelle chez Max Scheller et l’utilisation de l’intelligence intra-personnelle chez Freud ? 
 
[6] Par exemple, lorsqu'il prétend que s'il essaie d'ouvrir chez lui avec les clefs de son bureau c'est qu'en son inconscient, il désire aller travailler.
 
[7] Paul Ricœur, « Soi même comme un autre », points essai n° 330, Paris, 1998, 424 p.
 
[8] Nous ferons simplement référence à Skinner.
 
[9] Nous sommes conscient que notre sentiment pourrait être jugé de "subjectif", et espérons qu'il trouvera bon accueil.
 
[10] Au sens ancien de  « rapport ».
 
 
 
Par Pasteur Christophe Deville - Publié dans : Éducation - Communauté : Pasteurs de France
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