Intégration ou Insertion ?

Publié le par Pasteur Christophe Deville

Intégration ou insertion ? Quelques précisions.

Dans la conclusion de son ouvrage, La République, les Religions et l’Espérance[1], Nicolas Sarkozy, ministre des cultes nous rappelle ceci :

photo-officielle.jpg« Réaffirmer le bien-fondé et l'importance du principe de laïcité de la République ne doit pas être un alibi pour ne pas répondre aux attentes de certains de nos concitoyens. C'est même exactement l'inverse puisque la laïcité, c'est le droit de croire et de pratiquer sa religion de manière libre, publique et égale pour tous les cultes. La commission Stasi a soulevé des points importants : la question de l'intégration et des discriminations, les agressions racistes et antisémites, la prise en compte des impératifs religieux dans le domaine funéraire, l'introduction de la colonisation, de la décolonisation et de l'esclavage dans les programmes scolaires, le recrutement d'aumôniers musulmans... Il faut honorer cette commande ».
 
Nous convenons qu'en sociologie, l'intégration est définie comme un processus ethnologique durant lequel une personne initialement étrangère devient membre (s'intègre) dans une communauté. Admettons que cela peut s'appliquer également à un facteur confessionnel. L'intégration est opposée au communautarisme. Il est différent de l'assimilation puisqu'il ne s'agit pas de « mouler » l'individu dans un modèle social unique, mais de trouver dans le cadre public un consensus entre les différentes cultures. Mais qu'en est-il en terme d'insertion ? Intégrer, est-ce insérer ? Quel postulat pouvons nous faire en regardant, par exemple le modèle britannique qui mise sur le communautarisme pour favoriser l'insertion. Le communautarisme confessionnel fait en effet partie intégrante des espaces de discussionspour une démocratie de quartier, par exemple.
Quelle est donc la place des institutions confessionnelles en Martinique dans le paysage social ? Trois courants de pensées apportent une définition de ce que doit être, selon eux, une institution confessionnelle. Un courant que nous qualifierons d’hygiéniste, qui prétend que « ce dont nous avons besoin, c’est avant toutd’être social »[2]. Pour eux, le fondement et le fonctionnement des structures devraient avoir comme base ses dimensions relationnelles. Bien sûr, il y a du vrai dans cette approche, mais d’autres, s'appuient sur la dimension de l’éthique protestante et répondent que la vocation confessionnelle d’une structure est bien plus que la seule prise en compte de l’aspect social. Selon ce courant, l’organisation de toute structure confessionnelle peut être décrite par la façon dont elle interagit vis-à-vis du monde et de la société. C’est un régulateur moral de ce monde qui manque de communication et de valeurs. Le docteur Terry L. Gyer porte un jugement idéologique sur ce deuxième axe en prétendant que les dirigeants de ces structures sont « colorés d’une étonnante capacité à administrer les structures confessionnelles sur le modèle du système technocratique fonctionnant sur lui-même, servant à leurs membres une bouillie édulcorée aux teintes ‘philosophico-religieuses’ »[3].
A cela, nous devons aussi ajouter un troisième courant de pensée. certains enseignants-chercheurs revendiquent la pertinence de leurs structures.Le président d'une des plus importante fédération confessionnelle de la Martinique nous confiait les propos suivants : « Il fut un temps où la Martinique avait besoin que des gens de l'extérieur viennent apporter un enseignement, mais à présent, nous sommes équilibrés et au centre du message biblique pour la société et avons nul besoin que qui que ce soit nous apporte quoi que ce soit ». La véritable question est quelle procédure et quelles sources pouvons nous utiliser pour déterminer une définition adéquate des structures confessionnelles d'insertion?
 
L’important pour nous, en tant que chercheur, est de faire le constat que des structures laïques et confessionnelles existent sur le champ de l’insertion. C'est ce constat qui nous permet de poser notre problème en respectant une neutralité dans l’approche de notre sujet. Aussi, selon quels critères pouvons-nous définir les relations entre la société et structures confessionnelles qui, rappelons-le, font partie intégrante de cette société ? Pour cristalliser plus précisément le sujet qui nous intéresse, quelles-sont les complémentarités possibles ou impossibles entre les structures nationales, régionales et des structures confessionnelles dans le contexte particulier de la Martinique pour l'insertion ? 

Toute œuvre confessante est invitée à considérer les deux volets de ses convictions. Certes, une dimension idéologique, mais aussi une dimension sociale. Dans le contexte Martiniquais, il est particulièrement important que ces idéologies soient traduites en action. Les structures, les responsables et les usagers des structures d'insertion confessionnelles religieuses doivent se rappeler qu’elles évoluent dans le concept d'une société laïque.
 

[1] Nicolas Sarkozy, « La République, les Religions et l’Espérance », Le Cerf, Paris 2004, 210 p.
 
[2] Propos recueilli sur les ondes de la radio « fm-espoir » dans l'émission entre-nous du lundi 16 janvier 2006.
 
[3] Traduction libre de T.L. Gyger, “Handbook for Church growth”, Ed. Ministries In Action, Coral Gables, 1983, p. 13.

Publié dans Éducation

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