Aux sources de l’insertion et de l’intégration.

Publié le par Pasteur Christophe Deville

Aux sources de l’insertion et de l’intégration.
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(platon)
Dans cet article, nous opérerons comme un parachutiste qui amorce sa descente en chute libre très rapidement puis, ouvrant notre parachute à l’époque souhaitée, nous ralentirons notre descente pour observer de haut le paysage dans son ensemble. C’est ainsi que pour la singularité de notre étude, deux faits nous semblent particulièrement dignes d’un intérêt notable. Tout d’abord nous remonterons aux sources de l’antiquité pour noter ce que Platon, dans la République préconisait
. 

Dans notre prochain article, nous contournerons Saint Augustin. Ce n’est pas un oubli mais un choix. En effet, les conséquences de ses écrits et de son parcours manichéen
[1] vont se retrouver dans la spécificité moyenâgeuse du Sud de la France et au centre de l’Europe. C'est pourquoi le dualisme radical tel que la philosophie cathare l’a énoncé nous paraît un détour indispensable à notre étude. Pour aborder l'origine européenne des dispositifs d'insertion, il est important de plonger dans les sources historiques des institutions sociales, telle que l'Hôtel-Dieu. D'inspiration charitable, l'Hôtel-Dieuacceptait tout le monde. Lépreux, voyageurs, femmes enceintes, enfants abandonnés, pauvres, vieillards, blessés ou malades étaient tous admis[2].
 
a. Survol de l’antiquité.
i. Le gouvernement juste selon la vérité.
Platon, dans son ouvrage « La république »[3] au livre V, parle du gouvernement de la cité juste (449a - 541b). Il essaye dans un premier temps de délimiter les différentes catégories (femmes, homme et enfants) leurs rôles en tant que garants de la cité.
Platon présente l'état actuel de la cité et pose la question de savoir qui doit, en fin de compte gouverner la cité. Il faut établir les philosophes comme gardiens de l'état (484). Les responsables actuels sont comparés à des aveugles, or c'est à ceux qui ont la vue perçante que revient le droit d'être à la tête de la cité. Les philosophes sont épris de science et donc, n'aiment pas le mensonge. Ils sont sincères, (Platon, par ces mots signifie qu’ils sont crédibles, vrais). Ce sont des gens nobles, non-grossiers, ils ne craignent pas la mort. Justes et doux, ils ont des facilités à étudier grâce à leur bonne mémoire. En conclusion, comme ils sont « perfectionnés par l'éducation et l'expérience » (487a), il faut leur confier l'état[4]. En d’autres termes, l’utilisation de l’intelligence existentielle pour le gouvernement de la cité. Il est question ici du fondement originel sur lequel est fondée l’organisation de la cité. Ces principes de base interpellent notre société moderne quant aux intelligences, une sagesse à concevoir une pensée aboutissant à des résultats pour les politiques, les juridiques, les institutions socio-économiques et, en ce qui concerne la spécificité de notre étude l’insertion sociale qui empruntela vision protestante laïque[5].
Certains objecteront alors à Socrate que sa démarche est perverse et que le philosophe n'est bon que pour un temps. S'il utilise sa méthode pour gouverner l'état, ce dernier ne tardera pas à devenir un chaos[6]. Notre propos ici, estqu'il existe bien - et c'est ce qu'on découvre en lisant parallèlement le « mythe de la caverne » qui présente un perpétuel renouvellement de chaque instant – une illumination dans le rapport à l'autre, un inter-échange.
 
ii. La république et la poésie.
Dans les sections 595a à 621b ; Platon nous introduit en poésie. Il prend donc un temps particulier à poser l’importance culturelle dans le maintien de l’ordre républicain. Ce serait donc un tortde négliger une telle réflexion pour notre société postmoderne. Il commence en parlant de la forme, de la matière et du créateur. L'exemple du lit est pris. Il existe trois échelons:
- un échelon qui parle du concept qui existe dans la nature des choses (nous parlerons du concept),
- un échelon qui existe dans son unité (nous parlerons de l'objet),
- un échelon qui existe dans sa représentation (exemple : une peinture).
 
Si seul le premier est ontologique, les deux autres sont successivement des reproductions. La reproduction, l'imitation est nécessaire pour préserver l'unité. Dans ce cas, en bas de l'échelle, le peintre n'est ni ouvrier, ni créateur, mais imitateur. Il en est de même pour la tragédie poétique qui prétend aborder tout sujet. Ce n'est qu'imitation[7]. Laissons-nous aller à la paraphrase en prenant l'exemple de la chaise. Derrière ce mot existe une idée. L'idée est forte, car si je détruis toutes les chaises qui existent sur la planète, l'idée du concept de la chaise me permettra d'en reconstruire. Par contre, si je détruis jusqu'au concept de la chaise, rien ne subsiste pour que je puisse en reconstruire. La science qui manie plusieurs dimensions (603) sert de test à l'imitation : n'y a t-il que sous un seul angle que la pseudo réalité existe ?[8]. Le mal, s'imite facilement et pas le bien d'où les mauvaises choses dans la poésie. La faute la plus grave de la poésie dramatique (605) c'est qu'elle pousse au mal. Platon pousse donc chacun à ce que les penseurs chrétiens du premier siècle appelleront (ce que l’on retrouve plus précisément dans les ouvrages des apôtres Saint Jean et Saint Paul) une « métanoïa », un changement de mentalité… opéré par un engendrement. Une « nouvelle naissance ».


[1] Il fut en effet disciple de Manès pendant une période de sa vie.
[2] Frères Franciscains et Dominicains.
 
[3] Platon, œuvres complètes, T. VII, 1° partie (livre V) et Livre X, Éditions: Les belles lettres, Paris 1989.
 
[4] On croirait presque lire une lettre de motivation mettant en lumière le parcours scolaire et professionnel d'un candidat.
 
[5] Jean Baubérot, « La laïcité quel héritage ? de 1789 à nos jours », Éd. Labor et Fidès, Genève, 1990, p. 22.
 
[6] Eric Denimal, ancien directeur du ‘christianisme au XXème siècle, lors de commentaires sur la philosophie Hégélienne en 1990, parodiait le fameux « Thèse-Antithèse-Synthèse » par « Thèse-Antithèse-Foutaise », critiquant ainsi l’interprétation et mise en pratique Hitlérienne de cette philosophie.
 
[7] On pourrait résumer par le proverbe populaire : « l'habit ne fait pas le moine ».
 
[8] C'est intéressant car on peut alors apporter un concept d'idée-vérité complexe (dans le sens opposé à simplex) à savoir qu'un fait vrai peut être relativisé.
 

Publié dans Éducation

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