Lundi 1 octobre 2007
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Le protestantisme originel en Martinique dans un contexte d'exclusion.
Un
petit rappel s'impose. Dans la religion catholique, au Xvème siècle, le prêtre à pour première vocation de bien savoir distribuer les
sept sacrements car il est "Alter Christi". En revanche, dans le protestantisme, une attention toute particulière est portée à l'étude individuelle de la Bible et la transmission des principes
moraux qu'elle renferme. Dans la même foulée que la publication du code noir en mars 1685, octobre 1685, [et toujours sous les auspices de Madame de Maintenon, épouse de
Louis XIV : une illustre ressortissante de l'île de la Martinique], est célébrée "La révocation de l'Édit de Nantes"[1]. Les protestants doivent donc s'exiler. Les historiens s'unissent pour dire que ce sera une grande perte pour la France.
Cependant, dès le mois de mars, le ton est donné dès les premiers articles du Code Noir de 1685 :
Article 1er.
– "Voulons et entendons que l'édit du feu roi de glorieuse mémoire, notre honoré seigneur et père, du 23 avril 1615, soit exécuté dans nos
îles ; ce faisant enjoignons à tous nos officiers de chasser de nosdites îles tous les juifs qui y ont établit leur résidence, auxquels, comme aux ennemis déclarés du nom de chrétien, nous
commandons d'en sortir dans trois mois à compter du jour de la publication des présentes, à peine de confiscation de corps et biens".
Article second.
– "Tous les esclaves qui seront dans nos îles seront baptisés et instruits dans la religion catholique, apostolique et romaine. Enjoignons
aux habitants qui achètent des nègres nouvellement arrivés d'en avertir dans la huitaine au plus tard les gouverneur et intendant desdites îles, à peine d'amende arbitraire, lesquels donneront
les ordres nécessaires pour les faire instruire et baptiser dans le temps convenable."
Article cinquième.
– "Défendons à nos sujets de la religion protestante d'apporter aucun trouble ni empêchement à nos autres sujets, même à leurs
esclaves, dans le libre exercice de la religion catholique, apostolique et romaine, à peine de punition exemplaire."[2]
Ainsi, le protestantisme aux Antilles Françaises, s'est souvent développé dans un esprit contestataire qui s'opposait à l'exclusion. Soulignonscependant que ce n'est pas une
spécificité antillaise ! Ce fait a aussi été observé aux Etats-Unis. Les récentes recherches d'une spécialiste en la matière, Leanne Payne, professeur à l'Université de Yales ont largement
contribuées à démontrer d'un aspect sociologique l'œuvre des institutions confessionnelles d'insertion parmi les minorités ethniques dans le cadre de l'insertion professionnel. Dans ce sens, elle
étudie certaines réalités redondantes des sociétés noir-américaines. Pères absents, hommes frustrés dans leur travail, maris désemparés. Balayant les stéréotypes et les caricatures, Leanne Payne
définit sa problématique et étudie une polarité des sexes utilisable dans toute société[3].
c. Le protestantisme évangélique en Martinique.
En Martinique, en unecinquantaine d’années, le néo-protestantisme s’est développé avec l’activité d’évangélisation par des missionnaires qui ont fondé les
premières Églises Évangéliques. Depuis, elles se sont développées au point que l’on distingue non seulement des Églises autochtones mais aussi des Églises ethniques à forte composante de
ressortissants de la caraïbe : Églises haïtiennes par exemple. La communauté protestante sur laquelle portera plus précisément notre étude est celle des évangéliques.En Martinique, le
panorama des Églises évangéliques est très vaste. Historiquement, l’Église évangélique dite de la Mission Chrétienne est la plus ancienne implantée sur le territoire martiniquais. Elle
commença son existence de manière informelle depuis 1902. A cette époque, les croyants se réunissaient dans des "églises de maisons". Celles-ci sont des rassemblements de chrétiens dans
des maisons pour l’exercice d’un culte. Les assemblées évangéliques se démarquent de l’Église catholique romaine par des principes essentiels :
-
Le salut est donné par Dieu (par grâce : selon une des grandes affirmations de la Réforme : Sola Gratia) et non par les œuvres faites ;
-
La Bible a toute autorité et exclut la tradition en tant quesource d'inspiration ;
-
Il n'y a pas de sacrements mais des ordonnances au nombre non pas de 7 mais de 2, voire 3 symboles qui sont des "signes visibles d'une grâce invisible" : Baptême
des adultes par immersion, sainte-cène sous les deux espèces : pain et vin, et imposition des mains avec onction d'huile ;
-
Les prières s’adressent à Dieu seul [Père, Fils et Esprit-Saint] ;Le fonctionnement de ces églises repose sur l’Église locale et non sur une organisation
CONCLUSION.
La Martinique est l’un des départements français les plus denses quant à la concentration des protestants. On y trouve sociologiquement un intérêt premièrement quantitatif.
Il s’agit de la 2ème religion du pays. Puis, un intérêt également quant à la représentation nationale. La jeunesse martiniquaise exporte dans la caraïbe, la francophonie et le monde
entier, un style musical religieux qui lui est propre et qui est générateur d’une approche innovante du respect mutuel. Cette jeunesse, éduquée et élevée avec ses valeurs que l’on retrouve dans
les dispositifs d'insertion confessionnel (l'ACEATE, le groupe Symbiose) est sans aucun doute à l’avant-garde d’un message d’espoir, nous dirons même
d’espérance dans cette mondialisation que nous vivons ou plutôt que nous subissons. Ce bref panorama anthropologique du religieux à la Martinique, aborde la notion du magico-religieux tellement
traité dans de nombreux mémoires de maîtrise voire de thèses de doctorat.
Pour le protestantisme en Martinique, nous nous sommes particulièrement ralliés à la vision non pas d’un mouvement, mais d’un homme : Jean
Calvin. A l’aube de la renaissance, Jean Calvin se voyait comme un nouvel Alcuin et un nouvel organisateur des sciences de l’éducation. Tout comme Alcuin auprès de Charlemagne au 9ème
siècle, Jean Calvin souhaitait que tout enfant en France soit formé et éduqué afin d’être une force vive pour le pays. C’est une mission sociale, c’est une mission laïque.
Un survol du concept de l’insertion sous un angle philosophique, tel que nous l'avons abordé dans les propositions faites par Platon nous permet de découvrir que les
premiers catéchismes, véritables "manuels d'insertion" ont été protestants. Par cette affirmation, certains pourraient se poser la question pourquoi cela ? pourquoi notre monde a-t-il
attendu le 15ème siècle, l’avènement du protestantisme pour voir apparaître ces manuels ? Cela est en rapport avec la doctrine. Loin de nous en cet instant d’être prosélyte, mais
quelques précisions s’imposent. À partir du moment où le protestantisme surgit en Europe, jusqu’alors, l’individu, lorsqu’il avait fauté pouvait aller voir le prêtre qui pouvait l’absoudre de ses
péchés et cette personne sortait du confessionnal avec la certitude d’avoir la grâce. Voici à présent en quoi consiste la pratique éducative protestante. La Foi protestante repose sur le fait que
chaque individu est pécheur et qu’il est donc coupable, mais que le salut est acquis par la Grâce seule.
[1]L'Édit de Fontainebleau révoque l'Édit de Nantes rédigé en 1598.
[2] Le Code Noir de mars 1985, in « Codes Noirs, de l'esclavage aux abolitions »,
éditions Dalloz, Paris, 2006, pp 38-39.
[3] Leanne Payne, “Crisis in Masculinity”, Ed. Crossay Books, Wheaton, 1985, pp. 77-84.