Le protestantisme originel en Martinique dans un contexte d'exclusion.

Publié le par Pasteur Christophe Deville

Le protestantisme originel en Martinique dans un contexte d'exclusion.
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Un petit rappel s'impose. Dans la religion catholique, au Xvème siècle, le prêtre à pour première vocation de bien savoir distribuer les sept sacrements car il est "Alter Christi". En revanche, dans le protestantisme, une attention toute particulière est portée à l'étude individuelle de la Bible et la transmission des principes moraux qu'elle renferme. Dans la même foulée que la publication du code noir en mars 1685,  en octobre 1685, [et toujours sous les auspices de Madame de Maintenon, épouse de Louis XIV : une illustre ressortissante de l'île de la Martinique], est célébrée "La révocation de l'Édit de Nantes"[1]. Les protestants doivent donc s'exiler. Les historiens s'unissent pour dire que ce sera une grande perte pour la France. Cependant, dès le mois de mars, le ton est donné dès les premiers articles du Code Noir de 1685 :
Article 1er.
– "Voulons et entendons que l'édit du feu roi de glorieuse mémoire, notre honoré seigneur et père, du 23 avril 1615, soit exécuté dans nos îles ; ce faisant enjoignons à tous nos officiers de chasser de nosdites îles tous les juifs qui y ont établit leur résidence, auxquels, comme aux ennemis déclarés du nom de chrétien, nous commandons d'en sortir dans trois mois à compter du jour de la publication des présentes, à peine de confiscation de corps et biens".
 
Article second.
– "Tous les esclaves qui seront dans nos îles seront baptisés et instruits dans la religion catholique, apostolique et romaine. Enjoignons aux habitants qui achètent des nègres nouvellement arrivés d'en avertir dans la huitaine au plus tard les gouverneur et intendant desdites îles, à peine d'amende arbitraire, lesquels donneront les ordres nécessaires pour les faire instruire et baptiser dans le temps convenable."
Article cinquième.
"Défendons à nos sujets de la religion protestante d'apporter aucun trouble ni empêchement à nos autres sujets, même à leurs esclaves, dans le libre exercice de la religion catholique, apostolique et romaine, à peine de punition exemplaire."[2]
 
Ainsi, le protestantisme aux Antilles Françaises, s'est souvent développé dans un esprit contestataire qui s'opposait à l'exclusion. Soulignons cependant que ce n'est pas une spécificité antillaise ! Ce fait a aussi été observé aux États-Unis. Les récentes recherches d'une spécialiste en la matière, Leanne Payne, professeure à l'Université de Yales ont largement contribuées à démontrer d'un aspect sociologique, l'œuvre des institutions confessionnelles d'insertion parmi les minorités ethniques dans le cadre de l'insertion professionnelle. Dans ce sens, elle étudie certaines réalités redondantes des sociétés noir-américaines. Pères absents, hommes frustrés dans leur travail, maris désemparés. Balayant les stéréotypes et les caricatures, Leanne Payne définit sa problématique et étudie une polarité des sexes utilisable dans toute société[3].
 
c. Le protestantisme évangélique en Martinique.
En Martinique, en une cinquantaine d’années, le néo-protestantisme s’est développé avec l’activité d’évangélisation par des missionnaires qui ont fondé les premières Églises Évangéliques. Depuis, elles se sont développées au point que l’on distingue non seulement des Églises autochtones mais aussi des Églises ethniques à forte composante de ressortissants de la caraïbe : Églises haïtiennes par exemple. La communauté protestante sur laquelle a porté plus précisément notre étude est celle des évangéliques. En Martinique, le panorama des Églises évangéliques est très vaste. Historiquement, l’Église évangélique dite de la Mission Chrétienne est la plus ancienne implantée sur le territoire martiniquais. Elle commença son existence de manière informelle depuis 1902. A cette époque, les croyants se réunissaient dans des "églises de maisons". Celles-ci sont des rassemblements de chrétiens dans des maisons pour l’exercice d’un culte. Les assemblées évangéliques se démarquent de l’Église catholique romaine par des principes essentiels :
  • Le salut est donné par Dieu (par grâce : selon une des grandes affirmations de la Réforme : Sola Gratia) et non par les œuvres faites ;
  • La Bible a toute autorité et exclut la tradition en tant quesource d'inspiration ;
  • Il n'y a pas de sacrements mais des ordonnances au nombre non pas de 7 mais de 2, voire 3 symboles qui sont des "signes visibles d'une grâce invisible" : Baptême des adultes par immersion, sainte-cène sous les deux espèces : pain et vin, et imposition des mains avec onction d'huile ;
  • Les prières s’adressent à Dieu seul [Père, Fils et Esprit-Saint] ;Le fonctionnement de ces églises repose sur l’Église locale et non sur une organisation.
 
d. Le protestantisme historique, de retour en Martinique. 
La Martinique est l’un des départements français les plus denses quant à la concentration des protestants. Depuis peu, on assite à un désir du retour aux sources historiques du protestantisme. On y trouve sociologiquement un intérêt premièrement quantitatif. Il s’agit de la 2ème religion du pays. Puis, un intérêt également quant à la représentation nationale. La jeunesse martiniquaise exporte dans la caraïbe, dans la francophonie et dans le monde entier, un style musical religieux qui lui est propre et qui est générateur d’une approche innovante du respect mutuel. Cette jeunesse, éduquée et élevée avec ses valeurs que l’on retrouve dans les dispositifs d'insertion confessionnelle (l'ACEATE, le CRC Action Sociale) est sans aucun doute à l’avant-garde d’un message d’espoir, nous dirons même d’espérance dans cette mondialisation que nous vivons ou plutôt que nous subissons. Ce bref panorama anthropologique du religieux à la Martinique, aborde la notion du magico-religieux tellement traité dans de nombreux mémoires de maîtrise voire de thèses de doctorat.
 
Pour le protestantisme en Martinique, nous nous sommes particulièrement ralliés à la vision non pas d’un mouvement, mais d’un homme : Jean Calvin. À l’aube de la renaissance, Jean Calvin se voyait comme un nouvel Alcuin et un nouvel organisateur des Sciences de l’éducation. Tout comme Alcuin auprès de Charlemagne au 9ème siècle, Jean Calvin souhaitait que tout enfant en France soit formé et éduqué afin d’être une force vive pour le pays. C’est une mission sociale, c’est une mission laïque.
 
CONCLUSION.
Un survol du concept de l’insertion sous un angle philosophique, tel que nous l'avons abordé dans les propositions faites par Platon nous permet de découvrir que les premiers catéchismes, véritables "manuels d'insertion" ont été protestants. Par cette affirmation, certains pourraient se poser la question pourquoi cela ? pourquoi notre monde a-t-il attendu le 15ème siècle, l’avènement du protestantisme pour voir apparaître ces manuels ? Cela est en rapport avec la doctrine. Loin de nous en cet instant d’être prosélyte, mais quelques précisions s’imposent. À partir du moment où le protestantisme surgit en Europe, jusqu’alors, l’individu, lorsqu’il avait fauté pouvait aller voir le prêtre qui pouvait l’absoudre de ses péchés et cette personne sortait du confessionnal avec la certitude d’avoir la grâce. Voici à présent en quoi consiste la pratique éducative protestante. La Foi protestante repose sur le fait que chaque individu est pécheur et qu’il est donc coupable, mais que le salut est acquis par la Grâce seule.
 

[1]L'Édit de Fontainebleau révoque l'Édit de Nantes rédigé en 1598.
[2] Le Code Noir de mars 1985, in « Codes Noirs, de l'esclavage aux abolitions », éditions Dalloz, Paris, 2006, pp 38-39.
 
[3] Leanne Payne, “Crisis in Masculinity”, Ed. Crossay Books, Wheaton, 1985, pp. 77-84.

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