La Martinique et l'action chrétienne dans la société

Publié le par Pasteur Christophe Deville

La Martinique est l’un des départements français les plus denses quant à la concentration des protestants. On y trouve sociologiquement un intérêt premièrement quantitatif. Il s’agit de la 2ème religion du pays. Puis, un intérêt également quant à la représentation nationale. La jeunesse martiniquaise exporte dans la caraïbe, la francophonie et le monde entier, un style musical religieux qui lui est propre et qui est générateur d’une approche innovante du respect mutuel. Cette jeunesse, éduquée et élevée avec ses valeurs que l’on retrouve dans les dispositifs d'insertion confessionnel (l'ACEATE, le groupe Symbiose) est sans aucun doute à l’avant-garde d’un message d’espoir, nous dirons même d’espérance dans cette mondialisation que nous vivons ou plutôt que nous subissons. Ce bref panorama anthropologique du religieux à la Martinique, aborde la notion du magico-religieux tellement traité dans de nombreux mémoires de maîtrise voire de thèses de doctorat. 

Pour le protestantisme en Martinique, nous nous sommes particulièrement ralliés Un survol du concept de l’insertion sous un angle philosophique, tel que nous l'avons abordé dans les propositions faites par Platon nous permet de découvrir que les premiers catéchismes, véritables "manuels d'insertion" ont été protestants. Par cette affirmation, certains pourraient se poser la question pourquoi cela ? 

Pourquoi notre monde a-t-il attendu le 15ème siècle, l’avènement du protestantisme pour voir apparaître ces manuels ? Cela est en rapport avec la doctrine. Loin de nous en cet instant d’être prosélyte, mais quelques précisions s’imposent. À partir du moment où le protestantisme surgit en Europe, jusqu’alors, l’individu, lorsqu’il avait fauté pouvait aller voir le prêtre qui pouvait l’absoudre de ses péchés et cette personne sortait du confessionnal avec la certitude d’avoir la grâce. Voici à présent en quoi consiste la pratique éducative protestante. La Foi protestante repose sur le fait que chaque individu est pécheur et qu’il est donc coupable, mais que le salut est acquis par la Grâce seule. 

Le problème dans ce système est pour celui qui adhère à cette idée, c’est qu’elle génère une interrogation constante. Il se pose la question de savoir "quand suis-je pardonné, s’il n’y a personne pour me le dire" ? C’est là que nous arrivons à ce qui nous intéresse. Le protestant fait une introspection, une auto-évaluation de ce qu’il vit par rapport aux exigences de la Bible, cela, pour vivre mieux en société. Il trouve ainsi dans ces manuels la possibilité de s’interroger sur sa vie. Les pratiques éducatives protestantes ne consistent pas en une communication de devoirs et d’interdits mais en une interrogation sur le bon sens de la vie. Et ceci dit entre parenthèse, c’est à partir de ses courants piétistes que les histoires de vie, les récits de vie, les biographies ont commencé à faire leur apparition. 

Une question s'impose à nous : celle de la pertinence de cette vision du monde qui date de plus de 500 ans. Cet enseignement reste-t-il pertinent et pourquoi pourrait-il l’être ? À cela, on peut y répondre non pas la forme mais en regardant au contenu, à savoir l’enseignement des valeurs universelles et communes au plus grand nombre. Considérons trois grands axes de réflexions : à la vision non pas d’un mouvement, mais d’un homme : Jean Calvin. A l’aube de la renaissance, Jean Calvin se voyait comme un nouvel Alcuin et un nouvel organisateur des sciences de l’éducation. 

Tout comme Alcuin auprès de Charlemagne au 9ème siècle, Jean Calvin souhaitait que tout enfant en France soit formé et éduqué afin d’être une force vive pour le pays. C’est une mission sociale, c’est une mission laïque.  

1er axe : dans l’analyse que nous avons réalisé, nous pensons qu’il serait intéressant de donner la parole aux principaux "bénéficiaires". Non pas faire pour le bénéficiaire, mais faire avec le bénéficiaire. 

2ème axe : une interrogation par rapport à notre société laïque.
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Quelle est la place à donner aux institutions confessionnelles ? c’est-à-dire quelles sont les collaborations possible et / ou impossible avec les institutions laïques ? Et pour ce faire, nous aimerions simplement illustrer notre propos par le dessin parru dans le journal La Croix du 21 septembre 2005 où l’on voit un père désireux de mettre son enfant dans une institution religieuse. La raison pour laquelle le père place son enfant dans une école confessionnelle est que cette école est plus à même d'enseigner à son enfant les valeurs… républicaines. On doit comprendre ici que ce n’est pas parce qu’il est écrit sur le fronton de nos mairies « liberté, égalité, fraternité » que la personne qui franchit le seuil de cet édifice va obligatoirement et automatiquement être saisi voire envahie par ces valeurs. Il y a un travail de fond à entreprendre.

3ème axe : il serait intéressant de développer un projet d'insertion ayant l’amour pour la condition humaine comme moteur d’une structure qui lui est adressée. Ce programme est un concept qui permet à chacun de développer ses intelligences. Jan Amos Coménius (1592-1670) de la communauté protestante des frères moraves avait en son temps une vision qu'on pensait totalement utopique. Cependant, sa théorie sur les Multiples Intelligences ont été reprises ces toutes dernières décennies par le professeur Howard Gardner. Dans ses toutes dernières recherches, il nous livre une réflexion sur ce qu'il appelle « l'intelligence existentielle » Nous pensons qu'un programme non compétitif qui mettrait l’accent sur la créativité et l’expérience positive permettant au bénéficiaire de développer progressivement ses capacités (esprit, âme et corps). Tourné vers les enfants, en y alliant la présence et la participation active du ou des parents, nous pouvons concevoir un programme alliant le jeu au développement. Des instructeurs qualifiés et spécialisés entraînent ainsi les enfants dans toutes les dimensions de son être, dans des programmes incluant le mouvement, la musique et le chant, la gymnastique, le sport, les jeux, le théâtre, le conte, l’écoute la lecture, les découvertes de son environnement et de nombreuses activités artistiques. Ainsi, le programme offre aux enfants des enrichissements multiples leur donnant l’opportunité d’accroître leur flexibilité, la confiance en soi, leur rapport avec les autres et une bonne adaptation aux exigences du siècle présent.

 

 

Publié dans Éducation

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