Sectes et Attitudes sectaires

Publié le par Pasteur Christophe Deville

Dans ce volet, nous verrons l'importance du cadre législatif qui nous donne certaines limites d'études. Après avoir situé notre cadre d'action, nous porterons notre attention sur la réalisation de notre projet. Ce dernier vise à agir sur le terrain, en développement un pôle action. Il se positionne également sur un pôle réflexion afin de lui permettre de faire le lien, quand cela est possible.
 
I LÉGISLATION ET STRUCTURES CONFESSIONNELLES.
En abordant le sujet législatif, nous avons découvert une multitude de textes, de rapports, d'écrits qui attirent notre attention sur les rapports que peuvent entretenir notre société avec l'émergence de systèmes de pensées novateurs dans le domaine de l'insertion. Notre attention se posera donc sur l'un des derniers faits important en matière de débat parlementaire, et nous passerons, en filigrane la commission d'enquête parlementaire qui a vu le jour au mois de juin 2006.
 
1) La précipitation parlementaire.
C'est le 28 juin 2006, à l'issue d'un vote parlementaire, qu'a été approuvée la création d'une « commission d'enquête relative à l'influence des mouvements à caractère sectaire et aux conséquences de leurs pratiques sur la santé physique et mentale des mineurs »[1]. Cet intitulé nous ferrait donc penser qu'il y a un véritable problème en la matière, puisqu'en onze ans, c'est la troisième commission portant sur ce sujet. Cette commission a telle le but de lancer des travaux de réflexions ou peut-il être pensable que les dés aient été lancés dès avant l'entrée en matière. Il nous faut revenir en arrière mais pas si loin de cette date du 28 juin, puisque c'est une semaine auparavant, le 21 juin que la commission des lois se réunit pour discuter de cette commission d'enquête. Six jours plus tard, elle est rédigée en toute hâte afin d'en inscrire le débat à la première session le lendemain, mercredi 28 juin à 10h00[2]. Quels sont les chiffres à retenir ? Ce jour-là, sur 577 députés, seulement 10 étaient présents. Cela représente donc 1,73 % de représentativité parlementaire. D'autres chiffres doivent apparaître ici. Puisqu'il s'agit de prévenir notre pays de l'influence des mouvements religieux sur les enfants, il est donc intéressant de s'interroger pour savoir en quelle proportion cette influence s'avère étendue au point qu'il faille créer cette commission, et ceci, dans la précipitation. Or ces chiffres, nous les possédons dans le rapport parlementaire de la MIVILUDES. Dans le « guide de l'agent public face aux dérives sectaires », nous pouvons lire :
 
« La DPJJ assure un suivi régulier des dossiers d’assistance éducative
concernant des mineurs suivis par les juges des enfants et présentant un
lien direct avec une problématique sectaire. Toutefois, le nombre de
dossiers de mineurs en danger est relativement faible au plan national
(une enquête a montré en 2003 que sur 54 000 dossiers d’assistance
éducative, seuls 192 présentaient un lien avec une problématique
sectaire) ».[3]
 
Nous sommes donc, selon la MIVILUDES, à un taux de 192 dossiers sensibles sur 54000 cas traités. Soit 0,36 %. La question est donc légitime de savoir s'il s'agit d'un véritable problème qu'on attaque. Lorsque les chiffres disent que 33 % d'adolescents sont victimes de la consommation de cannabis, que plus de la moitié d'entre eux ont été exposés à des images pornographiques (nous n'allons pas faire de liste exhaustive ici), nous sommes bien en droit de nous demander les raisons qui poussent à une telle prise de position en inadéquation avec la situation de terrain.
 
2) En quête d'enquête.
Plus démonstratif encore. Nous pouvons découvrir des méthodes d'enquêtes tout a fait orientées. Le 23 juin 1998, un ensemble de fiches très alarmistes, évoquant de graves risques potentiels, à été envoyé à 32 Conseils Généraux sélectionnés sur la situation présumée d’enfants dans des groupes dits « sectaires ». La quasi-totalité des réponses des Conseils Généraux montrent que la situation réelle est bien loin de ce que l’Observatoire Interministériel avait évalué sur ces fiches, et que les enfants ne rencontraient pas de difficultés, étaient en bonne santé, et menaient une vie comme celle des autres enfants. De 1995 à 2006, 26 commissions d’enquête parlementaires ont été créées. Les domaines traités sont très variés : sureté industrielle, droits de l’enfant, immigration clandestine, nucléaire… parmi ces 26 commissions, 3 concernent les minorités thérapeutiques, spirituelles et religieuses (1995, 1999, 2006). Cependant, force est de constater que toute au long de cette période, aucune commission n’a été créé sur les sujets sensibles pour l’enfance : drogue, pornographie, suicide des adolescents, jeunes des banlieues, pédophilie. Il apparaît donc qu’aucun de ces sujets semblent assez sensibles au point de créer une commission.
 
Cependant, trois des associations cultuelles dont les cultes ont été interrompus par le Député Maire de Montreuil le dimanche 6 février 2005 ont décidé de porter l’affaire devant la justice. Accompagnées par la Fédération Protestante de France et la Fédération Évangélique de France qui se portent à leurs côtés parties civiles, ils dénoncent les propos du député pour qui ces gens « hurlaient comme des truies que l’on égorge ». Nous devons souligner le courage qui a été pris dans le « Compte rendu analytique officiel de la journée du 28 juin 2006 »[4] de ne pas reproduire certains de ses propos.
 
3) Les vrais problèmes.
Selon l’observatoire français des drogues et des toxicomanies, un tiers des adolescents de 17-18 ans (26 % des filles et 38 % des garçons) déclarent avoir consommé du cannabis au cours du dernier mois[5]. Concernant les jeunes enfants, la division nationale de répression des atteintes aux biens et aux personnes a observé une croissance exponentielle des signalements de détention et diffusion d’images pédopornographiques sur l’Internet qui sont passés de 300 - 400 au cours des dernières années à plus de 3000 signalements en 2004[6]. En France, 7 % des élèves âgés de onze à dix-neuf ans on fait une tentative de suicide et un tiers d’entre eux ont récidivé[7]. Les statistiques de l’Éducation Nationale ne rendent pas toujours compte de la situation. Selon Éric Debardieux, Directeur de l’Observatoire International de la violence à l’école, le racket à l’école est 210 fois plus fréquent que ce qui est déclaré officiellement. 46,3 % d’élèves se disent victimes d’un vol alors que l’Éducation en signale 0,11 %[8].
Les méthodes qui sollicitent l’intelligence existentielle sont l’actuelle cible de nombreux protagonistes, car elles font appel à une interrogation sur soi. Il s’agit beaucoup plus que de simplement communiquer une information à l’intellect qui transformerait notre méthodologie d’action. L’être dans sa totalité est pris en compte. Pendant longtemps, la médecine occidentale a découpé les patients comme un mécanicien démonte le moteur d’un véhicule, l’examine pour comprendre son fonctionnement, ses anomalies. Il tente d’y remédier. Il peut lui arriver de bidouiller et d’enfoncer une vis au marteau. S’agissant d’humain, l’ingénierie sociale est appelée à fonctionner différemment en prenant en compte tous les paramètres de ce qui fait de nous des êtres humains, si différents les uns des autres, et pourtant, si semblables. Cette complexité nous invite à aborder les problèmes sociétaux au regard de l’intelligence existentielle. Il est grand temps d’utiliser l’intelligence existentielle et tout ce qu’elle comprend, afin de s’attaquer aux vrais problèmes.
 
II PROJET.
En Martinique il existe des structures d’insertion liées aux dispositifs nationaux et régionaux, mais il existe aussi des réseaux d’entraide appuyés sur des institutions confessionnelles. Pourquoi, comment et pour quelle efficacité ? Quelle complémentarité possible ou impossible entre les deux réseaux ?
 
Notre étude s’est focalisée sur le réseau confessionnel protestant. Nous nous sommes posé plusieurs questions sur ce que peut être un travail profond mettant à profit l’utilisation des intelligences multiples :
-> Est-ce seulement le constat d'un besoin qui pousse à l’intervention ? C'est-à-dire, devons-nous céder au « progrès » technologique et au dictat du « bougisme » ?
-> Ces structures, sont elles efficaces ? Et si elles le sont, selon quels critères ? Quels sont, là encore les correcteurs à apporter dans cette course à la réussite ?
-> Sont-elles assez neutre en matière d'idéologie (et selon quels critères peuvent-elles l'être).
-> L'abandon d'un prosélytisme est-il nécessaire pour mener à bien une action sociale ?
-> Le renoncement aux convictions intimes ne produit-il pas un attiédissement de la ferveur qui en fait la force d'action ?
Ces éléments nous conduisent, à l'évidence, vers de nouveaux schémas qui, loin d'abandonner les bases équitables et les modèles de notre système laïque, en font la promotion.
 
1) Méthode d’approche et questions.
Le constat, non pas la critique, de la démarche traditionnelle ‘d’étude de marchés’ des structures protestantes d’insertion en Martinique, en cohérence avec l’histoire est :
qu’il est décrit une situation,
les besoins sont ensuite cernés,
puis on tente d’y répondre tant bien que mal, sans l’expérience, la formation ou le bilan adéquat qui validerait le précédent programme[9].
 
Cette démarche a opéré certains dommages, engendré une perte de confiance chez les masses en général et les jeunes demandeurs d'emploi en particulier. C'est le constat qui s'est fait lors d'un atelier du forum social qui se tenait à l'Université des Antilles Guyane au mois de juillet 2006. Les travailleurs sociaux présents étaient tous unanimes pour souligner cette incohérence dans leur vécu. Notre approche, foncièrement différente, vise à s’interroger sur la nécessité d’un discernement et développement des capacités, ainsi qu’une motivation des partenaires. C'est là que les recherches d'Howard Gardner sur l'intelligence existentielle à attirée notre attention. Depuis quelques années, on assiste à des choix et des budgets grandissants de la part de grandes sociétés multinationales. On hésite plus à évaluer les employés et les candidats avec des tests qui prennent en considération l’aspect émotionnel.
Ce choix est le résultat d’une prise de conscience, d’un constat. Quel est-il et comment se positionner, en tant que structure ; ce dans le respect de l’intégrité humaine.
 
En cet endroit, nous définissons le rôle de chaque institution, et répondons à la question de savoir si l’entreprise a vocation d’insertion ou bien si l’insertion est un département spécialisé qui se doit de travailler en collaboration avec l’entreprise. Un haut fonctionnaire en Martinique, proclamait, lors d'une conférence sur l'insertion en septembre 2006 que l'économie influence le social. Nous nous sommes réjouit qu'à cette conférence, étaient présents non seulement les principaux décideurs économiques et bon nombre de responsables politiques mais aussi des bénéficiaires du RMI qui ont pu assister à ces débats quelque peu restrictifs. Et c'est dans ce contexte qu'un allocataire a interpelé ces hommes de pouvoirs pour leur demander si on donnait à la dimension sociale d'influencer l'économie. Un grand silence s’est lourdement ressenti dans l'auditoire. Allait-on porter attention à un homme mal vêtu qui de surcroit ne maitrisait visiblement pas très bien la langue française ? Plus qu’un savoir, plus qu’un savoir-faire, cette réflexion se penche sur la personnalité et s’interroge sur le développement du savoir être, valeur plus que nécessaire dans les temps de croissance molle que nous traversons[10]. Plus que de paraître bien, au-delà de se sentir bien, être bien est un concept d’excellence, une quête qui passe par la découverte de notre identité personnelle et corporative[11]. L’utilisation des multiples intelligences montrent que l’insertion n’est pas que le résultat d'une communication d’une information qui s’adresserait à l’intellect .
 
2) Moyens d’action.
Evaluer et anticiper les effets socio-économiques, politiques, juridiques et religieux d’une prise de décision. Construire des argumentaires rationnels et lisibles permettant d’aider à la prise de décision. C’est ce qui a constitué la base de notre projet. En prenant la réalisation sur le Nord Atlantique (Basse-Pointe), la proposition de Centres Polyvalents de la caraïbe sont autant d’opportunités et d’ouvertures d’esprit dans une société qui cherche son identité non seulement culturelle. Notre désir est de voir naître une toute nouvelle génération d’hommes et de femmes responsables et capables, préparés pour apporter dans la francophonie et dans le reste du monde une conception fraîche dans les relations humaines. Des hommes et des femmes parés à répondre aux exigences politiques et à apporter des correcteurs aux réalités économiques et sociétales.
 
 
3) Conclusions et propositions.
Au regard de ce travail de recherche, trois pistes ont été dégagés sur le devenir des structures confessionnelles d'insertion dans le rapport à la société. Premièrement, il s'avère que certaines structures devraient travailler à préserver leur indépendance. Pourquoi ? La pyramide de Maslow montre qu’en haut des besoins se trouve le besoin de reconnaissance. Cette reconnaissance, les bénéficiaires la trouvent au sein de ces structures qui mettent l'accent sur l'humain et sur sa dignité. Deuxièmement, certaines structures nationales où locales auraient à y gagner en efficacité en intégrant non pas des croyances mais en recentrant leur action sur les valeurs humaines universelles et intégrer un élément modérateur - neutralisateur (comme c’est le cas dans les structures confessionnelles). Enfin, il s'avère que certains dispositifs confessionnels auraient à gagner en se professionnalisant. Et là, comment ne pas tomber dans le prosélytisme, dans la récupération ? Quels contrôleurs neutres pourraient permettre une analyse juste pour tous ?
Réforme des associations, dictats institutionnels etc… ces questions montrent qu'un gros travail est à mener tant dans l'action que dans la réflexion.
En conclusion de ce travail d’investigation, nous nous proposons donc de participer à la création d'une structure d'insertion, dans la ligne de pensée d’utilisation des multiples intelligences en tendant à respecter une démocratie active dans son organisation et sa direction ainsi qu’une parité des genres et des professions. Ce projet en voie de concrétisation pressent un conseil composé de 12 membres visant à respecter les parités. Si la parité homme-femme n’a pas été réalisée (57 % sont des hommes et 43 % des femmes), notre désir, à terme est de l’atteindre de façon naturelle, sans pour autant établir une politique de cotât. Dans ce conseil d’administration, la parité est atteinte entre professionnels des secteurs (ingénierie sociale, ressources humaines, psychologie) bénévoles. Notons que les bénéficiaires sont également présents à part entière dans ce conseil d’administration. Un bon équilibre existe aussi entre intervenants confessionnels et laïques. Cette structure se positionne sur 2 axes.
Un axe «  action » qui consiste a être sur le terrain en mettant des programmes élaborés avec et pour les bénéficiaires. Un axe « réflexion » qui permet de faire le lien (non pas dans le sens psychanalytique), là où c'est possible auprès des autre structures existantes. Dans cet axe réflexion, deux pôles. Ce concept de partenariat se veut donc posséder un pôle centré sur une personne (mais pas seulement), et un pôle qui met en valeur l’horizontalité des relations (mais pas seulement). En effet, la vocation est plus d'être proactive que réactive. Cet axe « réflexion » a le désir d’anticiper les données sociétales et pas les subir. Ainsi Pour que ce partenariat, ne se transforme pas en « réseau » aux accents sectaires, toutes les forces vives sont tournées vers un idéal permettant à ce qu'il soit répondu aux besoins fondamentaux de ces acteurs – bénéficiaires. Réalisant ainsi 100% de l'objectif structurel et 100% de l'objectif humain. Ce, afin de mutualiser les compétences.
Additionner et juxtaposer les savoirs crée une connaissance, mais multiplier et croiser les savoirs entre eux, c’est acquérir la sagesse.
 


[1] Voir annexe VII, p. xxxi.
[2] Il était en effet temps de le faire, puisque la session parlementaire clôturait le 30 juin. Mais comment, dans ces circonstances, donner la possibilité à un véritable débat parlementaire ?
 
[3] MILIVUDES (Ouvrage Collectif), « Guide de l'agent public face aux dérives sectaires », Éditions La documentations Françaises, Paris, 2005, p. 56.
[4] Annexe VII, p. xxxi-xxxvii.
 
[5] Voir rapport TREND Martinique « Phénomènes émergents liés aux drogues en 2004 – Tendances récentes sur le site Martinique », Fort-de-France, novembre 2005, 41 p.
 
[6] Voir rapport « Les enfants du net II – Pédo-pornographie et pédophilie sur l’internet », Paris, janvier 2005, 74 p.
 
[7] Voir le site http://www.infosuicide.org   
[8] Éric Debarbieux, « La violence à l’école, quelques orientations pour un débat scientifique mondial » in International journal of Violence and School, n°1, mai 2006, pp. 18-28.
[9] En cela, ce n'est pas vraiment différent de la démarche des dispositifs locaux ou nationaux d'insertion qui, bien souvent, à terme, sont remplacés par d'autres dispositifs sans qu'un véritable bilan ait été dressé.
[10] Au dire de certains députés européens, il semblerait qu'il y ait même une satisfaction à cette croissance molle qui aurait la fâcheuse tendance à exclure et oublier les surnuméraires.
 
[11] Ce terme qui peut apparaître pour certain comme un néologisme, est utilisé ici pour marquer une différence avec le terme « communautarisme » qui fait trop référence à la séparation et le terme « collectivisme » qui est trop « englobant ».

Publié dans Éducation

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