Travail : Esclavage ou Liberté ?

Publié le par Pasteur Christophe Deville


INTRODUCTION
Le Travail doit-il être considéré comme de l'esclavage contemporain, ou au contraire, comme une liberté d'agir et d'acheter. De plus, au regard de la société de consomation dans laquelle nous vivons, pouvons nous réellement prétendre que nos achats sont le résultat d'un libre arbitre, ou un conditionnement commercial ? Pierre Doré nous livre une réflexion intéressante sur ce sujet que j'aimerai présenter dans ce nouvel article.

Dans l'Égypte pharaonique, dans la Grèce homérique ou chez les romains, la grande source de l'esclavage fut avant tout la guerre. Le vaincu et sa famille sont réduits à servir un maître jusqu'à la fin de leur vie. Ce type d'esclave est déchu de tout droit humain: droit de se marier et d'avoir des enfants; droit de propriété; droit politique; droit de participer à la vie religieuse. A cette époque entre le statut d'esclave et l'homme libre nous trouvons toute une gamme de statuts intermédiaires ou le travail contraint est assorti, sur d'autres plans, de libertés plus ou moins étendues.

L'avancée du christianisme, qui affirme que les esclaves sont des hommes et que rien ne les différencie devant Dieu, provoque la multiplication des affranchissements. En France, au moyen âge la liberté des esclaves s'accroît alors qu'inversement, les hommes libres se voient peu à peu astreints à un travail alimentaire et/ou obligatoire. Cette nouvelle condition sera désignée par le terme de "servage". Le serf est taillable et corvéable à merci. Cependant, contrairement à l'esclave, il peut ester en justice, se marier et fonder une famille en respectant certaines règles. En fait on peut constater que l'évolution du concept de LIBERTÉ se détermine  dans l'évolution des relations de subordination entre l'homme au travail et son "maître".
Nous savons tous que l'abolition de l'esclavage est récente ( 150 ans ) et qu'en pratique l'esclavage existe toujours à des degrés divers, y compris dans nos pays dit modernes.

LE TRAVAIL  : UN " DEVOIR "
C'est au siècle des lumières (qui s'apparente plus à un siècle de ténèbres) que l'idée selon laquelle le travail est un devoir apparaît. Si Durkheim reste inconnu du grand public, Candide, de Voltaire tend à montrer que le travail devient une valeur morale et économique, citons: "Le travail éloigne de nous trois grands maux, l'ennui, le vice et le besoin (...) " " Travaillons sans raisonner (...) c'est le seul moyen de rendre la vie supportable " Si le travail devient un devoir et que l'esclavage est en cours de régression, la relation entre travail et liberté va se modifier. L e changement qui est en train de se produire a pour origine l'avènement du charbon comme source d'énergie mécanique. L'énergie thermodynamique se substitue à l'énergie animale et humaine Cela est évidemment un facteur permettant de progresser sur le chemin de la liberté.

LE TRAVAIL CONTRAINT
La révolution industrielle génère une nouvelle catégorie sociale " les travailleurs de l'industrie". Les relations employeurs salariés ne sont pas encore codifiées. Le modèle de discipline ouvrière utilisée par le patronat du XVIIe siècle s'inspirent du règlement des monastères, l'usine du XIXe siècle imite plutôt la caserne militaire dotée de règles strictes et d'amendes tarifées. Le livret de l'ouvrier ou sont notées les appréciations plus ou moins élogieuses des patrons précédents, sévit jusqu'en 1890. La liberté n'est pas encore un concept qui régit les relations de travail. De nombreux rapport de force vont devoir s'exercer pour faire évoluer la situation. La révolte des Canuts en 1831 fut la première insurrection ouvrière française. Elle avait pour origine un désaccord sur un tarif minimum. Deux ans plus tard c'est à Angin qu'apparaît une grève de 5000 mineurs. Le désaccord portait sur les exigences croissantes du patronat et la baisse des salaires.( déjà!) La conquête des libertés dans le monde du travail et au delà dans la vie sociale va s'appuyer largement sur les travaux de K.Marx et de son ami F.Engels. Les deux ouvrages de référence sont relativement connus, il s'agit du " Manifeste du Parti Communiste(1847) et du "Capital"(1867) - voir le site "antitoo".

LE DROIT DU TRAVAIL Les travailleurs dotés d'une théorie et d'une énergie farouche vont, au travers d'une multitudes de conflits sociaux, conquérir des Libertés. Pour conquérir ces libertés, ils s'organiseront en syndicats. La résolution des conflits passera par la mise en oeuvre d'une législation qui conduira au code du travail. Cette législation sera complétée par des accords particuliers au niveau de branches d'activités (conventions collectives) ou au niveau de l'entreprise. Dans le monde du travail la conquête des libertés s'est faite dans la douleur, Malmenées par des employeurs peu scrupuleux du respect des lois, ces libertés doivent être défendues La préservation de ces libertés doit faire l'objet d'une vigilance permanente. Ceci est d'autant plus vrai que la pensée économique contemporaine axée sur la structure des flux financiers est devenue étrangère aux rapports de l'homme à la matière. Rapports qui ont été à l'origine de la conquête des libertés dans le monde du travail et au delà dans l'ensemble de la société. Par rapport à la pensée économique contemporaine ( structure des flux financiers) la codification des règles définissant plus précisément le domaine des libertés de chacun reste à faire. Nous entrons la dans le domaine de l'utopie propre. Sur le plan pratique et politique il s'agit d'un choix sur la relation libéralisme et liberté. Pour emprunter à Bernard Maris, nous pouvons affirmer que les nouveaux maîtres de forges s'appellent LES FINANCIERS. Ils ne produisent aucune richesse mais décident avec une vision de la société déformée par le prisme de leur spécialité.

LE TRAVAIL : "UN DROIT ".
Il existe une différence entre Le droit du travail, et le Travail comme droit. La déclaration universelle des droits de l'homme adoptée par l'assemblée générale des nations unies le 10 décembre 1948 précise en son article 23:
1-"
Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à une protection contre le chômage. 2-Tous ont droit, sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un travail égal. 3-Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu'à sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s'il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale. 4-Toute personne a le droit de fonder avec d'autres des syndicats et de s'affilier à des syndicats pour la défense de ses intérêts. Ce texte s'il était appliqué dans la lettre et dans l'esprit permet de traiter les problèmes de chômage auquel nous sommes confrontés.

LA  LIBERTÉ DU TRAVAIL
Dans le cadre de conflits sociaux la liberté des uns percute la liberté des autres. L'avenir du travail se trouvera dans le passage de la société des objets ( le matériel) à la société du vivant (l'humain).

EN CONCLUSION
Dans notre désir de liberté, veillons à ce que cette liberté du Travail, qui nous procure l'aisance matérielle, et donc la liberté de choix, ne se transforme pas en esclavage. Jésus nous rappelle que c'est la vérité qui nous affranchit. Or, il se définit lui même comme Le Chemin, La Vérité et La Vie.

Publié dans Éducation

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