Décryptage Antilles

Publié le par Pasteur Christophe Deville

La première fois que j’ai entendu l’expression « la Gwadloup se ta nou », c’est en octobre 1999. A l’époque, 61 naufragés chinois avaient été récupérés au large de Saint-Martin, et hébergés à Saint-François. Alors qu’une pétition réunissant 700 signatures avait été recueillie et que la préfecture était prête à  accorder l’asile politique à ces réfugiés, plusieurs chinois ont été victimes de provocations racistes  et d’agressions de la part des Guadeloupéens. La France a donc cédé aux pressions locales des revendications au détriment de la solidarité. Je ne sais pas ce que sont devenus ces ressortissants.

Le 11 février dernier, la presse titrait qu’Yves Jégo, Secrétaire d’Etat chargé de l’outre-mer revenait en Guadeloupe avec 180 millions d’euros.

Au regard d’une population de 360 000 habitants, cela représente 500 euro par habitant, soit 1,36 € par jour… 1,36 € : Youpi ! Yves Jégo nous paye notre baguette quotidienne ! (j’avais bien dit que c’était la Baguette qui était responsable de la crise !)  A présent, répétons tous ensemble : « Notre Jégo qui êtes à l’Elysée, Donne-nous aujourd’hui, notre Baguette de ce jour » !



Dans l’île sœur, les propos raciste d'une personne âgée ne sont pas là pour faire avancer les choses. En fait, quand on y regarde de plus près, il a simplement repris, déformé et amplifié les propos de Nicolas Sarkozy : du « rôle positif de la colonisation », il a glissé au « rôle positif de l’esclavage ». En effet, l’esclavage a été très positif… pour les maitres esclavagistes ! Maintenant, si on veut aller plus loin, au lieu de s’en prendre à lui, il serait peut être important que nos « grands hommes politiques » puissent réfléchir à deux fois et mesurer leur propos qui, de toute évidence, ont des répercutions bien au-delà du souhaitable.


Quant-à-moi, depuis le 5 février, je me suis fait agressé verbalement 4 fois, bousculé 2 fois et pour passer incognito, je mets un jean’s... histoire de passer discret…  Avec tout cela, en ces temps ci, il ne fait pas bon vivre aux Antilles quand on est un peu trop clair…

J’ai habité à Los Angeles. Pendant les émeutes de 1992, et après les émeutes, le climat n’a plus été le même. Certes, les dégâts se sont élevés à 1 milliard de dollars, mais les bâtiments brûlés et les morts ont laissé dans la conscience des habitants un arrière goût amer, quand bien même les policiers blancs ont été rejugés.


En parlant avec les jeunes des quartiers sensibles, ceux-ci émettent le fait qu’ils ne sont pas entendu, et que les manifestations sont des manipulations politiques et syndicales dans lesquelles ils ne veulent pas entrer et dans lesquelles ils ne se sentent pas représentés! Ils attendent une chose : que le carnaval commence et là, pour reprendre leur propos, « on va tout brûler »! N’allons donc pas croire que lorsque le collectif obtiendra gain de cause, que cela va apaiser ces jeunes : il y a une frustration qui ne cesse de monter ; ils ne se sentent absolument pas représentés par les syndicats qui sont dans la rue, et on leur a refusé d’exprimer leur ressenti. Cette situation explosive risque de déboucher sur un carnaval meurtrier, et il n’y a pas besoin d’être prophète pour le dire !


On nous parle de comparer les prix avec la métropole. Mais qu’en est-il des îles voisines et de leur prix. Certes, les produits sont différents. Il serait intéressant de voir ce que les distributeurs comme Carrefour pratiquent dans les autres îles (comme à Santo Domingo, puisque c’est, il me semble, le groupe Hayot qui en a la charge) : et du type de produits, leur provenance etc… par exemple, les chips « Lays » pourraient-elles provenir de Puerto Rico plutôt que de Métropole ? La moutarde pourrait-elle venir du Québec ? Le lait en poudre du Venezuela ou autres, que sais-je ?


Qu’en sera-t-il, une fois que les Antilles auront obtenu gain de cause ? Un fort sentiment d’intouchabilité peut déboucher sur une permissivité sans frein avec laquelle les plus faibles, les femmes, et l’éthique au travail risquent d’être la cible d’individus qui se croiront tout-puissants. Il s’agira donc de reconstruire un bon sens et un lien social, en invitant chacun à la modération, à la discipline et au respect. C’est là qu’une action de médiation trouve particulièrement auprès de la société antillaise et des individus qui la composent. Qui se lèvera donc face à cette situation qui, avant d'être sociétale, est spirituelle ?

Publié dans Éducation

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