Journée de la Femme

Publié le par Pasteur Christophe Deville

 

avatar.jpgAujourd’hui, 8 mars est la Journée de la femme ! Bien que ce jour tombe sur des préoccupations bien autres, en cette journée de mardi Gras, cette année, le sujet tourne autour de la problématique de l’IVG et de l’isolement que rencontre certaines femmes et certaines filles mineurs sur ce sujet.

 


En tant que pasteur, j’ai souvent eu affaire à des jeunes femmes venues suivre une relation d’aide suite à un avortement (celui-ci ayant pu être réalisé plusieurs années auparavant).

Nos milieux chrétiens ne permettent pas facilement à ces jeunes filles (parfois mineures) d’exprimer leur trouble au regard de ce geste qui bien souvent devient source de jugement et d’exclusion pour elles. Aussi curieux que cela puisse être, le jeune homme, quant à lui, est souvent en dehors du processus. Or les terribles regards de jugement se portent vers cette jeune femme à plusieurs titres :

D’abord parce qu’on lui a dit qu’elle ne devait pas commettre l’acte sexuel (dans la plupart des cas que j’ai suivi, il s’agit d’une jeune fille célibataire non mariée).

Ainsi, si elle avoue être enceinte, elle est d’emblée pointée du doigt et rejetée. Certes, on ne va pas déchirer sa carte de membre devant elle (ni derrière elle), mais elle va insidieusement découvrir qu’un regard de méfiance est porté sur elle, et que des paroles médisantes pleuvent sur son dos. La pression est forte et la souffrance intense. C’est là que le jeune homme pourrait jouer un rôle d’encouragement, ce qui est certes difficile, car, de fait, il est au cœur de la tourmente. Je veux lui dire : « Grandis un peu, prend tes responsabilités et sache qu’il y a des personnes prêtes à t’aider dans ce rôle ».

La solution alternative est de ne rien dire à personne et de chercher une remédiation : L’IVG (là encore, le jeune homme [encore faut-il qu’il soit au courant], est bien souvent démissionnaire).

Une option que j’ai observé chez certains de mes collègues : on va forcer les jeunes à se marier. ils vont ainsi rajouter à la problématique de la naissance, celle de la fondation d’un foyer pour une vie… alors que ces jeunes n’ont pas forcément les mêmes projets de vie, ni les outils, ni les finances… d’autant que l’Eglise n’est pas forcément prompte ou équipée pour répondre à ce besoin : Peut-être y a-t-il une piste à emprunter et des solutions à apporter au sein des églises ? On va leur dire « vous zaviez ka y réfléchir avant » ! Piètre consolation !

Je me souviens du témoignage d’une jeune femme venue me voir de façon confidentielle. Ses questions sont le reflet de beaucoup d’interrogations fréquentes pour la personne qui passe par cette situation : « oui, je sais bien que je n’aurai pas dû, mais j’avais peur qu’il me rejette. Je n’avais rien prévu [i.e. moyen de contraception] parce que je ne pensais pas qu’on l’aurait fait et puis c’est arrivé comme ça [...]  Je veux bien d’un enfant mais pas pour tout de suite. Je ne sais pas s’il saurait s’occuper de lui et de moi. Qu’est-ce que je vais faire ? Qu’en pensera Dieu ? Cette vie en moi, si je la fait partir, ou-iras-t-elle ? Va-t-elle m’accuser de ne pas l’avoir laissé vivre ? Est-ce que je ne risque pas de ne plus avoir d’enfant » après cela ?

 

L'IVG en chiffre...

2007, en France, 213 382 IVG ont été réalisées (cela représente 1,47 % des grossesses arrivées à terme). En comparaison, la même année, en Martinique, 2386 IVG ont été réalisé (voir l’Observatoire de la Santé en Martinique). Compte tenu qu’il y a eu 5317 naissances en Martinique cette année là, sur les 7703 grossesses le taux d’avortement est de 30,97 % soit 20 fois plus qu’en « Métropole » ! En Martinique,1 femme enceinte sur 3 décide d'avorter. C'est une problématique majeur sur laquelle les politiques (les élections cantonales sont proches) devraient vraiment se pencher !

 

L’avortement à de multiples conséquences

1. Conséquences Physiques

Elles peuvent être directes (1 femme décède pour sur 300 avortements), mais aussi survenir plus tard dans la vie d’une femme (réduction du taux de fertilité, irrégularités menstruelles, rapports sexuels douloureux).

 

2. Conséquences Psychologiques.

Comme le montrent les études menées sur l'avortement  à l’Université Paul Verlaine de Metz (Raphaëlle MATHIS et Caroline MULLER), au-delà du traumatisme que pourrait constituer l’annonce de la grossesse et l’intervention en elle-même, l’IVG est une expérience de deuil, une expérience où l’on est confronté à la mort. Cela nécessitera du temps pour faire le deuil de l’état de grossesse, le deuil de l’enfant et pour inscrire l’IVG dans son histoire de vie. Il est nécessaire d’offrir une place à chaque femme et à son vécu de l’acte pour pouvoir l’élaborer et l’intégrer au mieux.


 

3. Conséquences Sociales et économiques

Nous l’avons vu, dans l’église, dans la famille élargie, ou dans la société, le quartier, le regard porté sur la jeune femme ayant avorté peut être accusateur et source d’exclusion.

Sur un forum, une femme disait que son avortement ne lui a coûté que 5 €, tout est pris en charge. Cependant, si l’acte est gratuit pour la personne qui le demande, le coût, lui est bien réel. Il s’élève entre 230 et 330 € dans les meilleures conditions.

Sur cette base, les avortements coûtent chaque année à la France en moyenne 59 746 960 € (près de 60 millions d’euros, c’est-à-dire plus d’un demi-milliard d'euros !!! En Martinique, cette somme « n’est que » d'une moyenne de 666 960 € (un demi-million) dépensés chaque année pour permettre l’IVG.  

 

4. Conséquences Morales et spirituelles

Je ne voudrais pas finir sur des chiffres et rabaisser la problématique à de simples statistiques. Il y a de véritables enjeux humains et individuels. Au travers de l’histoire de David, La Bible nous décrit les conséquences du rejet de l’enfant (dans sa vie personnelle, dans celle du premier fils de Bathsheba), et des conséquences dramatiques pour le parent. Toute la vie de David a été façonnée pour renverser la malédiction, jusqu’à la confrontation finale sur l’aire d’Ornan, le Jébusien (1 chron. 21:28) ; cette aire étant le même lieu ou Abraham offrit son fils en sacrifice (2 chron. 3 :1), préfigurant le sacrifice de Jésus-Christ, le fils qui s’offrit afin que nous soyons libérés du poids de nos fautes. La promesse de Dieu est certaine : « Je ramènerai le cœur des pères à leurs enfants, afin que le pays ne soit pas entièrement détruit » (Ml 4.6). Nous pouvons être certain que si les hommes nous rejettent, Dieu, lui, nous pardonne, nous accueille et dresse un plan de reconstruction.

 

 

 

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