la dictature de l'urgence

Publié le par Pasteur Christophe Deville

lapin-alice.jpgMon fils vient de se révolter contre l’urgence sociale qui s’imposait à lui dans le monde social… sauter dans un bus, se presser d’aller à un rendez-vous, qu’il va manquer et se dépêcher de rentrer… sans avoir pu manger le repas tant promis, tant désiré…

 

 

 


Le sociologue Gilles FINCHELSTEIN vient de publier, en début d’année, un ouvrage dans lequel il dénonce la dictature de l’urgence. Ce sujet m’a paru trop important pour que je ne le partage pas…

 

Nous n’avons plus d’histoire, nous n’avons plus de futur, nous sommes dans un présent compacté, compressé, saturé. L’urgence, cette suractivité (choisie ou subie), touche de plus en plus de gens, tant dans le monde professionnel que dans le monde personnel. Certes, il est peut être un remède à l’ennui que certains jeunes rencontrent.

 

L’urgence, c’est « tout, plus vite » et « tout, tout de suite ». On le constate dans le monde réel, ainsi que dans le monde technologique (débit internet, four à micro-onde. Le journal télévisé : Ce n’est pas qu’une impression, mais alors que dans les années 90 on prenait encore du temps pour rester sur un sujet précis, afin de réaliser une véritable analyse, aujourd’hui, les sujets du journal se multiplient et se raccourcissent au point où on oublie le sujet précédant la seconde ou on est passé au sujet suivant.

 

L’urgence, c’est la conjonction de deux phénomènes :

1/ le culte de la vitesse et

2/ le culte de l’instant.

N’avez-vous pas remarqué que dans le monde politique, c’est la même chose ? Avant, on prenait du temps pour élaborer une loi et en discerner tous les contours. À présent, dès qu’un fait de société touche nos émotions, nos politiques s’empressent d’édicter une loi sans consulter les partenaires et les spécialistes !

 

I. Le phénomène s’observe sous 3 angles majeurs :

1/ Un angle technologique.

L’urgence, c’est Internet. La puissance du réseau, la vitesse du récit. Les nouvelles technologies sont de plus en plus rapides et se diffusent à un rythme qu’aucune précédente innovation n’a jamais connu. Régis Debray  déclare : « la quincaillerie détermine le programme » (en d’autres termes, le média imprime son rythme à la société).

2/ L’urgence, c’est le libéralisme économique (l’extension du marché a conduit à une rétraction du temps. Dès que des rumeurs boursières sont lancées, les marchés sur-réagissent dans un emballement frénétique.

3/ enfin il y a une lecture morale. L’urgence, c’est le dérèglement de la boussole de nos valeurs qui a provoqué le dérèglement de nos horloges. Dans une société de plus en plus individualiste, l’argent occupe une place plus importante dans la hiérarchie des valeurs (Joseph Stiglit, Le Triomphe de la cupidité).

 


II. Quels remèdes pouvons-nous apporter à ce monde en déperdition ?

 

Deux grandes options se présentent à nous :

Certains ont pris conscience de cette accélération et veulent ralentir la machine (le mouvement du slow food veut, par exemple, contrecarrer la dictature du « Fast Food ». Certes, on peut jouer sur le rythme du temps et le freiner. Cependant, ce « mouvement de la lenteur », prôné par les partisans de la décroissance, mis en œuvre récemment par les activistes de Greenpeace, apporte un remède qui pourrait s’avérer être plus grave que le mal, si on n’y prête pas attention.

 

L’autre voie pour sortir de la dictature de l’urgence est EXISTENTIELLE : elle consiste à redonner de la profondeur au temps, c’est-à-dire : à retrouver un passé et un avenir. Il faut réhabiliter l’histoire et pouvoir se projeter dans l’avenir.

En cette période de fin d’année, prenons un temps pour replacer l’essentiel au cours de l’important. Qu’ai-je vécu cette année ? Que sera demain, l’an prochain pour moi. Comment je m’imagine dans 10 ans, dans 20 ans. Ne laissons pas la dictature du l’urgence nous dicter ce que sera demain. Ne laissons pas les circonstances avoir privilège sur nous mais décidons, aujourd’hui de dominer sur les circonstances de la vie grâce à la Grande Puissance de CELUI qui agit en nous.

Publié dans Société

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