Louis Segond (1810-1885) traducteur de la Bible

Publié le par Pasteur Christophe Deville

Louis SegondJean-Jacques Louis Segond naît le 3 octobre 1810 à Plainpalais, dans la commune de Genève, dans une famille plutôt modeste. Son père est cordonnier, français et de confession catholique, ayant servi dans l’armée napoléonienne. Sa mère est une protestante genevoise.

Après ses études secondaires, Louis Segond entame à partir de 1830 un brillant cursus en théologie qui le mène de Genève à Strasbourg, en passant par l’Allemagne. Il se passionne pour « les langues orientales, l’exégèse, l’archéologie et la critique sacrée ». Élève de grands biblistes et orientalistes de l’époque, il obtient un doctorat en 1836.

De 1840 à 1864, Louis Segond est pasteur près de Genève. Parallèlement, il publie des ouvrages d’érudition ou de vulgarisation biblique.

En 1864, la Compagnie des Pasteurs de Genève le charge officiellement de préparer une nouvelle traduction de l’Ancien Testament, dans un délai de six ans et demi. Travailleur infatigable et érudit, il remet sa version achevée, dans les temps, le 6 janvier 1871. Louis Segond gardera toujours une grande indépendance vis-à-vis de la commission chargée de superviser son travail. En 1880, il publie également sa traduction du Nouveau Testament. Entre-temps, il est nommé professeur d’hébreu et d’Ancien Testament à l’Académie de Genève. C’est là qu’il meurt en 1885.

De son vivant déjà, la traduction connaît un rapide succès. Elle est adoptée par nombre de pasteurs et d’églises protestantes. Mais Segond reçoit aussi de sévères critiques des milieux conservateurs. On l’accuse d’avoir attenté à l’inspiration des Écritures, de ne pas rendre justice dans sa traduction aux prophéties messianiques de l’Ancien Testament. La traduction de Segond venait bousculer une tradition séculaire : la plupart des Bibles éditées ou diffusées par le protestantisme français alors étaient des révisions de versions antérieures, en particulier celle du pasteur Ostervald parue en 1744.

Louis Segond avait stipulé qu’après sa mort, les éditeurs seraient libres de retoucher sa traduction. C’est ainsi que la Société biblique britannique et étrangère, soucieuse de diffuser la Bible en langue française, préparera la nouvelle édition de 1910, avec des modifications mineures. C’est aussi l’adjonction de références parallèles, en tête des paragraphes et en colonnes, qui contribuera au succès de cette nouvelle Segond. L’écrivain Paul Claudel en était un lecteur assidu !

Bernard Coyault, Secrétaire général de l’Alliance biblique française

Quelques précisions : La version de 1871 a essuyé la critique d'une minorité de pasteurs à sa sortie. En effet, Louis Segond ne croyait pas en la divinité de Jésus-Christ, et son texte laissait largement ressentir sa conviction (ce n'est d'ailleurs pas un hasard si cette version a été très appréciée des adhérent du mouvement des Témoins de Jéhovah, puisqu'elle défendait leur croyance). Il aura fallu attendre 25 ans après sa mort pour qu'on se décide à corriger le texte et le rendre plus conforme au texte original (1910). La Nouvelle Bible Segond (2002) propose un texte très intéressant. Pour ma part, je reste très attaché à la version supervisée par Jules Marcel Nicole, en 1978, sous l'appellation de "Bible à la Colombe".

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